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    «Frapper, étrangler, tuer» : comment les réseaux sociaux nous contrôlent

    «Frapper, étrangler, tuer» : comment les réseaux sociaux nous contrôlent

    CC0 / Pixabay
    Lu dans la presse
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    Traduction de la presse russe (mai 2017) (78)
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    En mai, le quotidien australien The Australian a publié des informations confidentielles sur les expériences menées par Facebook.

    On y découvre que le réseau social espionne l'état émotionnel des utilisateurs et apprend à le manipuler. Le projet de Mark Zuckerberg a été immédiatement taxé d'expérience inhumaine et même de tentative de vendre les informations obtenues aux publicitaires.

    Souriez, vous êtes lus

    Les journalistes ont découvert que le bureau australien de Facebook surveillait de près les écoliers, les étudiants et les jeunes travailleurs sans que les utilisateurs n'en soient avertis. Un grand dossier a été réuni sur eux pour identifier toutes les faiblesses et les peurs de la jeune génération.

    Cette équipe secrète de Facebook n'a pas simplement analysé les "j'aime" et les partages des adolescents: elle a évalué toutes leurs publications, commentaires et réactions sur une vaste échelle de "heureux" à "proche du suicide".

    Le rapport indique qu'en début de semaine les jeunes utilisateurs de Facebook ne partagent pas volontiers leurs émotions: ils ne se sentent pas en confiance et tentent de toutes leurs forces de lutter contre les peurs. Alors que le week-end ils passent essentiellement leur temps à se vanter de leurs exploits de la semaine devant leurs amis.

    Manifestement, l'équipe australienne a établi le profil de chaque adolescent espionné. Hormis les particularités comportementales, le profil comportait des informations comme la présence de relations amoureuses, le nombre d'amis et la fréquence d'utilisation du réseau social. Dans ces documents, les journalistes ont découvert des informations précises sur la période et le nombre de commentaires et de photos publiés par les adolescents, ainsi que sur leur réaction aux publications de leurs amis.

    Après la révélation de ces fichiers, Facebook a expliqué qu'ils ne représentaient qu'une partie d'une étude d'envergure pour comprendre le comportement du jeune public, et déclaré que la compagnie n'avait pas l'intention de vendre des informations d'une aussi grande valeur aux publicitaires.

    La colère n'est pas retombée. Les hauts responsables du réseau affirmaient en cœur que l'article publié contenait seulement des extraits du rapport et induisait les lecteurs en erreur, que rien de dangereux ne se passait avec les données personnelles des utilisateurs. Mais ils n'ont pas nié l'essentiel: les documents, tout comme l'étude, existent réellement et Facebook surveille en temps réel et 24h/24 l'état émotionnel des personnes qui passent pratiquement tout leur temps libre devant l'écran de leur téléphone et de leur ordinateur.

    Ce n'est pas la première fois

    En 2014, Facebook s'était déjà retrouvé au cœur d'un scandale quand les analystes du réseau social avaient oublié d'avertir 700 000 utilisateurs qu'ils faisaient l'objet d'une expérience. A l'époque, la compagnie essayait également de connaître l'état sentimental des utilisateurs — et on en ignorait déjà la raison.

    Il y a quelques années, l'équipe de Zuckerberg a commencé à ne montrer à un groupe d'utilisateurs que des animaux, des images de nature et d'amis souriants, et à un autre groupe les publications les plus négatives, allant jusqu'aux meurtres.

    Les résultats de l'étude étaient prévisibles: les utilisateurs contraints d'observer toute la semaine dans leur fil d'actualité des informations négatives ont commencé eux-mêmes à publier des commentaires négatifs, alors que le premier groupe est devenu complètement positif.

    Formellement, de telles expériences ne sortent pas du cadre des pouvoirs de l'administration: en s'enregistrant les utilisateurs signent un accord spécial sous-entendant que Facebook a le droit d'étudier son auditoire comme il l'entend.

    Peu ont lu le contrat d'utilisateur de Facebook jusqu'au bout, d'autant que ce document est souvent mis à jour. En apprenant qu'ils étaient espionnés les utilisateurs ont été furieux, accusant Zuckerberg de violer l'éthique élémentaire. Et une nouvelle fois ils ont entendu la réponse de la préoccupation des gestionnaires du réseau concernant les utilisateurs.

    Des règles étranges

    Le 21 mai, le journal britannique The Guardian a publié les règles internes des modérateurs de Facebook. Les journalistes ont mis la main sur des informations très importantes: on ignorait jusqu'à présent comment fonctionnait le service responsable de la morale sur internet.

    Mais le public s'est mis à s'interroger sur le contrôle du réseau social (qui contrôle mais ne prévient pas) sur la diffusion de publications extrêmement violentes.

    Après la publication de ces documents certains politiciens et spécialistes se sont indignés en disant que l'administration du réseau social construisait sa propre réalité alternative à huis clos, alors que Facebook était constamment rejoint pas de nouveaux utilisateurs.

    Ainsi le parlement britannique a reconnu à l'unanimité le public de Facebook comme une société unique à part, dont les principes de travail doivent être les plus transparents possible. Les politiciens n'apprécient pas du tout qu'un tel géant informatique refuse le contact avec les gouvernements nationaux, ne versant que des amendes périodiques en cas de violation.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (mai 2017) (78)

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    Tags:
    émotions, réseaux sociaux, Facebook, Inc, Mark Zuckerberg
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