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    Lavrov au Brésil lors de la rencontre des BRICS

    Réunion ministérielle à Rio de Janeiro: les BRICS ne perdront pas leur B

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    Traduction de la presse russe (juillet 2019) (45)
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    Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov a préparé à Rio de Janeiro avec ses homologues du Brésil, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud le sommet de décembre, à l'issue duquel la présidence dans l'organisation passera à la Russie.

    Le correspondant du quotidien russe Kommersant Pavel Tarassenko a pu s'assurer qu'à terme l'abréviation du groupe BRICS restera inchangée. Le Brésil avec son nouveau Président Jair Bolsonaro, alors que les experts avaient mis en garde précédemment contre son attitude sceptique envers les BRICS, n'a pas l'intention de faire des pas brusques. Du moins pour l'instant.

    De Rio de Janeiro à Washington

    L'allocution de Sergueï Lavrov pendant la réunion des BRICS a commencé par un contretemps. Il a dû répéter plusieurs fois sa première phrase:

    «Je voudrais remercier le ministre (brésilien) Ernesto Araujo pour l'excellente organisation de la réunion d'aujourd'hui», car les participants à la rencontre n'entendaient pas la traduction du russe dans leurs oreillettes.

    Sergueï Lavrov ne l'a manifestement pas apprécié, mais n'a pas changé son discours d'ouverture pour autant.

    Mais la suite s'est déroulée bien plus en douceur. En soulignant le «rôle clé des Brics dans le passage du système unipolaire à un ordre mondial polycentrique», le ministre est passé immédiatement à la critique de ceux qui sont généralement critiqués aux réunions des BRICS.

    «Des démarches sont entreprises pour saper les institutions et les accords internationaux... On impose des décisions dans le format de coalitions d'intérêts étroites afin de les imposer ensuite agressivement à tous les autres… On élargit la pratique inadmissible de mesures coercitives unilatérales et d'application extraterritoriale de la législation nationale… La sécurité internationale est menacée par la hausse sans précédent des budgets militaires, par la fracture de l'architecture de soutien de la stabilité stratégique bâtie depuis des décennies.» 

    La réunion ministérielle avait pour but de préparer le sommet prévu à Rio de Janeiro les 13 et 14 décembre. Or ce dernier marquera la fin de la présidence du Brésil avec le passage du relais à la Russie, qui organisera un sommet à Saint-Pétersbourg.

    Les priorités de la présidence russe

    Pendant le sommet des Brics en juin, en marge du G20 à Osaka, Vladimir Poutine a dit que «les pays des BRICS doivent prendre l'initiative dans la formation d'un modèle plus juste et durable du développement global» de l'économie mondiale, notamment renforcer le rôle des pays émergents au sein du Fonds monétaire international (FMI).

    Vladimir Poutine suggérait d'en «parler, ce qui pourrait être fait au format des BRICS pour harmoniser le marché énergétique, réduire la volatilité des prix des hydrocarbures», appelait à l'intégration des systèmes de paiement des BRICS, parlait de l'importance de protéger les droits des consommateurs sur Internet.

    En 2020, les participants poursuivront la discussion sur l'idée de longue date concernant le passage des BRICS aux règlements en monnaies nationales.

    «Les dirigeants des cinq pays évoquent régulièrement ce thème pendant les sommets. Nos banques centrales étudient la possibilité de tels paiements. Ils analysent les mécanismes. Mais il faut des années pour créer un instrument efficace non pas verbalement mais réellement», déclare Mikhaïl Kalouguine, responsable du ministère russe des Affaires étrangères pour les BRICS.

    Autre priorité est l'activité de la Nouvelle banque de développement des BRICS, qui finance déjà 35 projets d'investissement pour un total dépassant 9 milliards de dollars. D'ici la fin de l'année ce chiffre devrait atteindre 16 milliards de dollars. Parmi les premiers projets de la banque – la modernisation de l'approvisionnement en eau de cinq villes russes sur la Volga.

    «On constate une certaine division dans les BRICS. Pour l'Inde, le Brésil et la Chine c'est tout de même une grande association économique», a déclaré Boris Martynov, responsable de la chaire des relations internationales et de la politique étrangère de la Russie à l'Institut des relations internationales de Moscou (MGIMO).

    Pour la Russie, hormis l'économie, la composante politique est également importante, et elle est activement évoquée dans les BRICS. Ainsi, Sergueï Lavrov a appelé hier les collègues européens à «prendre conscience de la responsabilité pour le maintien de l'accord nucléaire avec l'Iran», a parlé du concept russe de «la garantie de la sécurité collective dans le Golfe», de la nécessité de rétablir la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Syrie, de l'élimination des terroristes restants et de la contribution au retour des réfugiés. Le ministre russe a mentionné également la Somalie, le Soudan, la Centrafrique et même les «contradictions entre l'Ethiopie et l'Erythrée et entre le Djibouti et l'Ethiopie».

    Mais le message principal s'adressait évidemment aux Etats-Unis. Le chef de la diplomatie russe a critiqué Washington pour la politique envers l'Iran, «l'effondrement après le Traité ABM du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire», la création de «l'incertitude autour du sort du traité START III», ainsi que «les plans d'envoi des armes dans l'espace». Ces thèses n'ont pas suscité d'objections chez d'autres ministres.

    Pas d'harmonie totale?

    Ainsi, certains différends bilatéraux demeurent entre l'Inde et la Chine. Alors que pour le Brésil le principal problème en politique étrangère concerne le Venezuela. Rappelons que les autorités brésiliennes ont soutenu le leader de l'opposition Juan Guaido, qui s'est proclamé Président par intérim du Venezuela, alors que la Russie considère Nicolas Maduro comme président légitime du pays. «Entendez les Vénézuéliens!», a appelé hier le chef de la diplomatie brésilienne. Il a affirmé que «le régime Maduro est maintenu uniquement par la force» et n'apporte au peuple vénézuélien que «la pauvreté et la souffrance». Le ministre a noté que la république voisine devait devenir démocratique, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, selon lui.

    «Nous vous demandons d'entendre notre point de vue», s'est répété Ernesto Araujo.

    Sergueï Lavrov, qui est monté sur scène juste derrière son homologue brésilien, a décidé de ne pas exacerber la situation. Il a seulement déclaré qu'il était «nécessaire de s'appuyer sur les normes du droit international et de soutenir les efforts du Venezuela pour régler lui-même, sans pression, ses propres problèmes intérieurs par les négociations en parfaite conformité avec la Constitution».

    Sur les pas de Donald Trump

    A noter également qu'il s'agissait de la première visite de Sergueï Lavrov au Brésil depuis le changement de gouvernement dans ce pays. Rappelons que depuis l'arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro en janvier dernier, certains experts ont supposé que le Brésil pourrait se retirer des BRICS car le nouveau dirigeant serait sceptique à son égard. Jair Bolsonaro, qui pendant la campagne électorale déjà a été baptisé «Trump brésilien» pour son conservatisme, son nationalisme et un certain penchant pour l'extravagance, a effectivement laissé entendre immédiatement que les Etats-Unis seraient un partenaire prioritaire. Donald Trump n'a pas caché sa joie quant à un tel changement de la ligne du Brésil (longtemps dirigé par des Présidents de gauche).

    «En copiant Trump, Bolsonaro a déclaré pendant sa campagne qu'il avait l'intention de faire du Brésil une grande puissance. Ce ne sont pas des paroles en l'air. Le Brésil est déjà un pied dans le premier monde, même si l'autre reste encore dans le tiers. Mais d'une manière ou d'une autre la volonté de Bolsonaro va à l'encontre de l'aspiration à miser sur les liens avec les USA. Car objectivement ces derniers ne souhaitaient jamais l'existence d'un pôle de force alternatif dans l'hémisphère Ouest. En se souvenant de l'histoire, les Etats-Unis ont toujours cherché à rabaisser le Brésil, à le placer au pied d'égalité avec les autres pays de la région – Honduras, Salvador…».

    L'expert a rappelé que dans les années 1960 les militaires arrivés au pouvoir au Brésil «ont proclamé une alliance indestructible» avec Washington, mais progressivement à cause de la politique des USA «qui ont commencé à mettre en porte-à-faux leur partenaire» ils ont changé leur position.

    «Et en 1985 l'état-major de l'armée de terre du Brésil considérait déjà les Etats-Unis comme un ennemi potentiel», a conclu Boris Martynov.

    Vicente Barrientos, directeur de l'Institut ibéro-américain, président du Centre unifié de la coopération d'affaires des BRICS, a déclaré au quotidien Kommersant:

    «Bolsonaro a été député pendant 28 ans. Mais cela ne signifie pas qu'il maîtrise l'agenda international. Il marche sur les pas de son "prototype", Donald Trump, et copie partiellement son modèle de conduite. Mais progressivement Bolsonaro s'adaptera à la situation et sa rhétorique radicale s'assouplira. Cela concernera également sa position envers la politique étrangère et celle du Brésil dans le cadre des BRICS.»

    Dans une interview aux médias latino-américains Sergueï Lavrov a assuré qu'il n'avait «aucune raison de supposer que le Brésil reviendrait sur ses approches fondamentales pour que les Brics se maintiennent, se développent et reflètent ainsi les réalités du monde multipolaire».

    Vicente Barrientos est également d'avis qu'aucune décision brusque ne sera prise. Il a noté que «la promotion de ses services et produits a toujours été la priorité de la politique étrangère du Brésil», et en ce sens la plateforme des Brics pourrait être bénéfique pour le pays. Par ailleurs, Boris Martynov a été plus indécis:

    «Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. La situation est compliquée et controversée. Une chose est sûre: cette année le Brésil ne quittera pas les Brics. Faire des gestes brusques sur fond de sommet signifierait perdre la face.»

    Dans les conditions d'une telle incertitude inutile de parlait d'un élargissement du club à court terme. Auparavant, la Turquie, l'Argentine, l'Indonésie, le Mexique et d'autres pays exprimaient leur volonté de rejoindre les BRICS. Et juste avant le sommet de 2018 le conseiller du Président russe Iouri Ouchakov a déclaré que les participants se pencheraient sérieusement sur la «possibilité d'adhésion» de nouveaux pays. Par ailleurs, Vladimir Poutine avait noté plus tôt que de telles questions demandaient du temps.

    «L'élargissement est inopportun aujourd'hui. Le programme-minimum consiste à préserver le noyau des BRICS sous sa forme actuelle. Ce n'est peut-être pas le bon moment pour de super-projets dans les BRICS et des plans à long terme. Mais les BRICS c'est un projet futuriste qui pourrait passer au premier plan dans l'établissement d'un nouvel ordre international. Pour le moment nous sommes en période de transition», a déclaré Boris Martynov.

    D'après lui, ce nouvel ordre sera basé sur la coopération non pas entre les pays et les régions, mais entre les civilisations: «Il y aura un dialogue interculturel global. Nous voyons que les BRICS sont précisément représentés par les civilisations. Peut-être un autre pays pourrait se joindre à terme – par exemple, un pays représentant l'islam

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (juillet 2019) (45)
    Tags:
    sommet, Sergueï Lavrov, Jair Bolsonaro, BRICS
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