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Le gouvernement fait état d’une mise à disposition du vaccin contre le Covid-19 pour janvier sur tout le territoire. Une perspective de sortie de crise imminente… Ou pas, selon le docteur Laurent Toubiana. Au micro de Sputnik, cet épidémiologiste tire la sonnette d’alarme: une campagne de vaccination de masse ne serait pas sans risques.

Prudence face à la perspective d’une prochaine campagne de vaccination contre le Covid-19!

Une réaction aux dernières annonces du gouvernement qui n’émane pas d’une quelconque officine complotiste «antivax», mais d’un scientifique réputé.

Laurent Toubiana, chercheur à l’INESRM et fondateur de l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé (IRSAN), partage ses réserves avec Sputnik. Pour cet épidémiologiste, spécialiste des systèmes d’information en santé, le vaccin est la pire des solutions et l’immunité collective la seule méthode valable.

Sputnik: Mardi 17 novembre, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a annoncé qu’un premier vaccin pourrait être «distribué à partir du mois de janvier». Ces délais vous paraissent-ils crédibles?

Laurent Toubiana: «Je ne m’étonne plus de rien avec le gouvernement actuel. Des choses qui nous paraissaient totalement ahurissantes il y a moins d’un an nous paraissent presque normales aujourd’hui. On assiste à une sorte de “teasing”: le vaccin est placé sur le même plan qu’un produit de consommation! Il y a une forme de marketing à la “Apple” en nous faisant croire que, comme il n’y aura pas de vaccin pour tout le monde, il faudra se dépêcher. C’est une démarche marketing qui rappelle les mises en vente d’iPhone. Il y a véritablement une campagne publicitaire autour de ce vaccin.

«Il y a une forme de marketing à la Apple»

 

Mais, plus largement, il faut rappeler qu’un vaccin n’est jamais “neutre”, comme tout médicament d’ailleurs. Théoriquement, il est dans un premier temps appliqué à une très petite partie de la population. Ce qui me fait très peur ici, c’est que les gouvernants aimeraient vacciner d’un coup jusqu’à 70% de la population. C’est du jamais-vu.»

Sputnik: Un vaccin nous permettrait-il de sortir immédiatement de la crise sanitaire?

Laurent Toubiana: «Pas du tout. Ce serait même la pire des solutions. Il faut combattre cette idée selon laquelle le vaccin pourrait nous sortir de la crise sanitaire que nous traversons. Il faut d’abord comprendre ce qu’est un vaccin, et encore un vaccin comme “Moderna”, soi-disant “fiable à 95,4%”. C’est tout de même étonnant que tous les laboratoires arrivent en même temps dans cette course folle au vaccin. Cette synchronisation me laisse perplexe, même si cela peut arriver dans la recherche scientifique. Mais tout de même: en un peu moins d’un an, les scientifiques ont réussi à obtenir les souches suffisantes pour réaliser un vaccin? Enfin, dernier point, les panels choisis par les laboratoires me semblent bien faibles: on parle de cent à deux cents personnes, tout au plus.»

Sputnik: Vous évoquez les «souches suffisantes». De quoi un vaccin est-il composé?

Laurent Toubiana: «Il y a plusieurs technologies, mais dans tous les cas, un vaccin sert toujours à stimuler le système immunitaire. C’est le principe élémentaire. Or, pour ce faire, on va injecter l’équivalent d’un virus dans le corps humain, un virus “affaibli” censé le “mimer”. Il y a donc dans le vaccin une substance active appelée à faire réagir le corps humain. Je précise que je n’ai rien personnellement contre les vaccins, mais j’ai globalement un problème à m’injecter des substances actives dans le corps.

«La moindre petite erreur peut aboutir à des catastrophes majeures»

Les effets secondaires de certaines substances prises isolément peuvent déjà être graves, mais lorsqu’elles sont en interaction avec d’autres substances, cela peut devenir catastrophique. Je me méfie beaucoup des substances concentrées ou des substances qui peuvent agir sur des mécanismes complexes comme le système immunitaire du corps humain, encore très mal compris par les immunologistes eux-mêmes! La démarche scientifique exige tout de même une certaine forme de rigueur: quand on touche à la santé de millions de personnes, la moindre petite erreur peut aboutir à des catastrophes majeures. Les nombreux revirements du ministre de la Santé actuel ne m’inspirent guère confiance à ce sujet.»

Sputnik: Si le vaccin n’est pas la solution à la sortie de la crise sanitaire, y aurait-il une alternative?

Laurent Toubiana: «Il faut d’abord essayer de comprendre ce qu’est cette maladie. On ne peut pas faire croire aux gens que cette maladie est “grave” alors qu’elle ne touche en réalité qu’une infime minorité de personnes. Le vaccin est censé permettre d’éviter une “hécatombe”. Or, jusqu’à présent, il n’y a eu aucune hécatombe liée à cette maladie.

« Les formes un peu plus sévères ne représentent que 0,3% de la population.»

En termes d’épidémiologie, c’est ce qu’il faut essayer de comprendre. Je rappelle que 80% des gens ne sont pas ou très peu sensibles à cette maladie. Parmi les gens de moins de 65 ans, une très faible part d’entre eux est touchée par le virus. Il faudrait donc laisser la population s’auto-immuniser, ce qui est déjà presque le cas: une grande partie de la population a déjà été exposée au Covid-19 sans être malade ou en contractant des formes tellement faibles qu’elles n’ont même pas eu besoin de voir un médecin. Chez beaucoup de patients, cela a même été moins fort qu’une grippe. La minorité de personnes qui ont contracté des formes un peu plus sévères ne représente que 0,3% de la population.»

Sputnik: Comment expliquer dans ce cas l’engorgement des hôpitaux et des services de réanimation?

Laurent Toubiana: «Ce phénomène est une conséquence directe de la gestion des hôpitaux en France. Cela est dû au faible nombre de places pour les malades du Covid-19. Je rappelle qu’en France, il y a 20 millions de cas d’hospitalisations par an. Sur la période de l’épidémie actuelle, il y a eu environ 200.000 hospitalisations pour le virus en tout et pour tout. Il faut donc faire la part des choses: c’est normal que les hôpitaux soient à flux tendus et saturés. Un afflux anormal rend l’explosion logique.»

Sputnik: Que préconisez-vous pour stopper l’épidémie?

Laurent Toubiana: «Il n’y a que l’immunité collective qui peut fonctionner. Pour arrêter une épidémie virale, c’est simple: on attend que ça passe. Une fois que l’épidémie a démarré, rien ne l’arrête. D’une certaine manière, nous avons eu de la chance, car le virus nous a montré qu’il n’était dangereux que pour une toute petite partie de la population. La partie ultra majoritaire des gens qui ne sont pas “à risque” doit donc continuer à vivre normalement.»

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Covid-19, vaccin
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