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L’histoire d’un succès difficile à prédire: cette année, la Russie a pour la première fois dépassé la France en termes des utilisateurs du service de co-voiturage BlaBlaCar, a révélé le cofondateur de la startup française Nicolas Brusson. Dans une interview à Sputnik, il explique pourquoi BlaBlaCar a connu un essor extraordinaire en Russie.

Des milliers de personnes tout autour du globe profitent actuellement du service de covoiturage BlaBlaCar… mais quel pays l'utilise le plus? Nicolas Brusson, le cofondateur de la startup française, n'a évidemment pas vu venir que la startup deviendrait un jour plus populaire autre part qu’en France. Et ce pays brisant le modèle est… la Russie, comme il l'a révélé à Sputnik:

«Cette année la Russie est passée pour la première fois devant la France en termes d'utilisateurs: il y a plus d'utilisateurs russes aujourd'hui, 15 millions, que d'utilisateurs français. La Russie est passée devant. Pas devant l'ensemble de tous les pays, non, l'Europe reste beaucoup plus gros pour nous que la Russie. On a vu aussi en France une belle croissance, mais la Russie est la fusée», souligne-t-il.

Actuellement, la France a 14 millions d'utilisateurs actifs. Comment expliquer ce succès? Premièrement, c'est la taille du marché. «Si on regarde tous les marchés européens, les deux plus gros c'est la France, l'Allemagne, on a à peu près 60 millions de personnes en France, 80 millions de personnes en Allemagne, pour la Russie, c'est 140 millions», explique M.Brusson.

Deuxième chose, l'infrastructure en Russie qui était au départ moins bonne que celle de la France et l'Allemagne. «Pour des raisons historique de construction mais aussi des raisons de taille du pays. Il est plus facile d'équiper un pays comme la France ou l'Allemagne avec des trains, du rail, connecter toutes les villes parce que par rapport à la Russie, ce sont des pays beaucoup plus petits en superficie. La Russie c'est un pays immense, où il y a des zones qui sont bien connectées avec des transports publics, des trains, etc., et des zones qui sont très mal connectées», détaille le cofondateur.

Nicolas Brusson, cofondateur de BlaBlaCar
BlaBlaCar
Nicolas Brusson, cofondateur de BlaBlaCar

Finalement, c'est bien la culture du peuple qui a permet un tel succès. Les Russes sont beaucoup moins méfiants que les Français ou les Espagnols à l'idée de partager une voiture avec des personnes inconnues: «On a dû travailler pour le marché européen sur des normes de confiance très-très fortes et qui en fait étaient excellentes pour la Russie. La barre du niveau d'information qu'un Russe doit avoir pour faire confiance à quelqu'un sur BlaBlaCar est un peu plus basse que sur le marché européen et vu qu'on avait fait ça pour des marchés où il y a des gens beaucoup plus méfiants, quand on arrive en Russie, on a une adoption parfaite.»

Après s'être implanté durablement en Europe, BlaBlaCar a choisi notamment la Russie en 2014 pour devenir son premier pays hors-UE.

«En 2014, on avait plus ou moins lancé tous les grands pays européens et on s'est posé la question: où on va ensuite? Et le premier pays qu'on a lancé hors d'Europe est en fait la Russie», déclare-t-il. «Pour nous c'est une expansion naturelle de l'Europe, c'est-à-dire qu'on a démarré avec tous les pays européens et ensuite avant de penser États-Unis, Amérique latine, Asie, la Russie nous semblait pour des raisons culturelles, structurelles, proximité, la Russie nous semblait une extension naturelle du marché européen».

C'est très dur de prédire le succès d'un service comme BlaBlaCar dans n'importe quel pays. «Par exemple, l'Inde qui est un pays énorme, qui a beaucoup de population, mais qui marche pour nous beaucoup moins bien que la Russie. (…) En Russie, ça a été une surprise parce qu'on s'est lancé en Russie et tous les ans on faisait beaucoup mieux que ce qu'on prédisait.

L'entrepreneur déclare également que la Russie, en tant que première expérience de BlaBlaCar hors-UE, a poussé l'entreprise à s'implanter dans d'autres endroits du monde. «On a vu que le Brésil marche extrêmement bien. Le Brésil, c'est un peu comme la Russie, mais deux ans plus tard. On l'a lancé en 2015-2016, ça s'est développé énormément. Le Mexique, tout pareil, un peu moins gros que le Brésil mais un beau décollage. Et la Turquie c'est vachement bien. Ça nous a poussés en fait à essayer plein de marchés qu'on a découverts, et les marchés se développent de manière très différente.»

Expliquant pourquoi l'entreprise a décidé de ne pas s'implanter en Chine, M.Brusson souligne que «c'est compliqué pour une boîte européenne de travailler en Chine» car ça demande des partenaires chinois et des investissements colossaux. De plus, il y a déjà des acteurs locaux dans ce domaine, comme c'est aussi le cas des États-Unis. Sur le marché américain, le fondateur explique également que là-bas, «les voitures sont moins chères, l'essence est moins chère» qu'en Europe.

«Le coût de la voiture aux États-Unis et le point de connexion des passagers font que c'est un marché qui n'est pas très attrayant pour nous et c'est une des raisons pour lesquelles personne ne veut faire un BlaBlaCar aux États-Unis», conclut-il.

BlaBlaCar est une plateforme payante de covoiturage créée en 2006 Frédéric Mazzella, Nicolas Brusson et Francis Nappez sous le nom de covoiturage.fr. Après la France, le service a été lancé au Royaume-Uni, en Italie, au Portugal, en Pologne, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Belgique et en Allemagne. En janvier 2014, BlaBlaCar devient également présent en Ukraine et en Russie, les premiers pays hors-UE.

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Tags:
covoiturage, voyages, BlaBlaCar, Nicolas Brusson, Espagne, Brésil, France, États-Unis, Russie
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