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La justice a estimé que Julie, qui accuse 20 pompiers de viol alors qu’elle était mineure et vulnérable, était finalement consentante. La Cour d’appel a rejeté la demande de requalifier les faits en viol et renvoyé trois pompiers en correctionnelle pour atteinte sexuelle. Sa mère dénonce un «terrible déni de justice».

«Voilà aujourd’hui une décision qui ne fait pas honneur à la justice française dans sa conception de ce qu’est un viol et démontre une fois encore que nous avons un retard énorme dans l’écoute des victimes en la matière et dans la conception de ce qu’est un consentement à un acte sexuel,» déclare Me Jean Talamet, avocat de Julie.

C’est sans sa fille que Corinne Leriche ressort, effondrée, de la Cour d’appel de Versailles (Yvelines), ce 12 novembre. Le verdict est tombé: sur les 20 pompiers que Julie accuse de viols de ses 13 à 15 ans, seuls trois seront finalement renvoyés devant le tribunal correctionnel. Non pour «viol», mais pour «atteinte sexuelle». Il a été considéré «que la victime avait consenti aux actes qu’elle avait subis», explique, amer Me Jean Talamet.

La décision de la Cour d’appel marque une nouvelle étape dans une bataille juridique qui dure depuis maintenant dix ans. Une double peine pour Julie et sa famille. La justice refuse de mettre en cause les autres pompiers dénoncés au motif que rien ne prouve qu’ils connaissaient l’âge de la jeune fille au moment des faits.

«Et le juge d’instruction nous dit: ‘Julie, elle n’a pas prouvé que ses agresseurs connaissaient son âge.’ Vous entendez? C’est à Julie, à l’enfant, de prouver que son agresseur connaissait son âge. Ce qui veut dire qu’en France, l’atteinte sexuelle n’existe plus», affirme Corinne Leriche aux médias.

Mais la justice considère également que l’adolescente, sous l’emprise d’un lourd traitement médicamenteux qui abolissait son discernement, était bien consentante puisque le viol a été requalifié en atteinte sexuelle. Un délit dont les peines encourues sont de sept ans et 100.000 euros d’amende. Le viol est, lui, passable de 15 à 20 ans de réclusion en cas de circonstances aggravantes.

«Alors, est-ce qu’il s’agit d’une protection des pompiers? En l’occurrence, j’ai toujours refusé de le croire, je finis par en douter aujourd’hui. Est-ce qu’il s’agit d’une interprétation du dossier qui est en faveur d’une lecture minimaliste de la notion de viol? Je le pense. Est-ce qu’il s’agit du signal pour nous de continuer le combat judiciaire? Ça, j’en suis certain.» Déclare Me Talamet.

Même si l’espoir de voir la cour se prononcer en faveur de Julie était faible, c’est un nouveau coup de massue pour la famille Leriche qui dénonce un «terrible déni de justice». La mère de la jeune fille l’assure: elle ne lâchera pas le combat. Ses avocats envisagent un pourvoi en cassation.

«Pourquoi la France ne veut-elle pas rendre justice à ma fille? Je ne comprends pas. Mais on va continuer. On va se concerter. On ne lâchera rien, Julie a besoin qu’on lui rende sa dignité. Je veux la justice pour mon enfant.»

Entre incompréhension et dégoût pour les témoins de la décision, cette décision fait craindre un retard du droit français face au consentement sexuel.

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