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Les témoignages de jeunes garçons qui se sentent filles, et inversement, se multiplient dans les médias. Les demandes de changements de sexe augmentent, avec des pratiques médicales parfois irréversibles. La parole de l’enfant doit être prise en compte, mais il faut poser des limites, martèle un pédopsychiatre au micro de Sputnik.

«Maman, papa, je suis né dans le mauvais corps.» Elles s’appellent Lillie, Sacha ou plus récemment Stella, tous les trois sont nés garçons, mais disent se sentir filles. Une revendication qui polarise l’opinion publique. Face au phénomène, certains professionnels s’inquiètent de voir se multiplier les interventions médicales sur des corps d’enfants. Leur impact ne saurait être négligé.

Appelé dysphorie de genre,  la discordance entre l’identité d’une personne et son sexe biologique à la naissance toucherait 1 enfant sur 500, selon un rapport remis au Conseil de l’Europe. Cela représente 132.000 cas en France, où les demandes de réassignation de sexe augmentent: de dix par an, c’est désormais dix par mois qui sont recensées rien que dans la région Île-de-France, selon Jean Chambry, président de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

Synonyme de véritable mal-être, cette hausse interroge toutefois. Certains professionnels critiquent l’hypothèse de la dysphorie de genre. Surtout quand il s’agit d’enfants! À l’image de Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychologue, qui pointe du doigt cette théorie venue des États-Unis qui pousse vers une prise en charge médicale du corps et délaisse «l’esprit»:

«La dysphorie de genre, c’est le placage d’une théorie qui ne sait pas expliquer ce qui se passe pour ces enfants. Il y a des enfants qui sont mal dans leurs corps, ça existe. Mais il faut comprendre pourquoi, de façon à pouvoir soulager un vrai désarroi.»

Avant toute chose, le pédopsychiatre tient à rappeler qu’un enfant sait différencier un garçon et une fille dès son plus jeune âge. Il cherchera à se modeler et à s’identifier soit à son père, dans le cas d’un garçon, soit à sa mère, dans le cas d’une fille, car ce sont les exemples qu’il a sous les yeux. Il arrive parfois que cette ressemblance soit troublée et, dans cette grande complexité, intervient la seule interrogation pour un enfant confus: «Si je ne me retrouve pas avec mon sexe de base, est-ce que le fait de le changer serait finalement la bonne réponse?»

«Ces enfants qui viennent réclamer de changer de sexe, c’est cette question qu’ils posent et, ce qu’il faut, c’est l’entendre. Si je critique la théorie américaine, c’est qu’elle va trop vite dans le fait de dire “oui il y a une erreur”, dont on ne sait pas très bien d’où elle vient. Dire que c’est “une erreur de la nature”, c’est un peu réducteur comme explication. C’est avant tout un profond malaise de l’enfant, qu’il faut dénouer», avance Christian Flavigny

Trop  hâtive, la théorie américaine se précipiterait donc vers une médecine du corps avant de s’attaquer au psychisme et à la souffrance de l’enfant.

Selon une enquête de Marianne, en 2020 à Paris, 700 jeunes de 3 à 18 ans, diagnostiqués «dysphoriques de genre», étaient suivis par des professionnels de trois hôpitaux de Paris. Dès la première consultation, l’enfant se voit proposer d’adopter les codes du sexe opposé, en passant par le changement de prénom, de vêtements ou de coiffure.

De cette manière, l’enfant et les parents sont donc confortés dans le diagnostic initial. Certes, il faut prendre la parole de l’enfant en compte. Mais comment peut-il avoir pleinement conscience des changements que sa démarche implique? Directrice juridique de l’association Juristes pour l’enfance, Aude Mirkovic s’inquiète de la notion de consentement de l’enfant et de sa protection d’un point de vue général.

«Jusqu’à 18 ans, un jeune ne peut pas acheter une canette de bière au supermarché. Il n’en a pas la capacité juridique. Alors, comment peut-on affirmer un consentement à subir des traitements qui vont avoir un impact sur toute sa vie et dont on ne peut pas prétendre que l’enfant ou le jeune ado aurait la maturité et la capacité de discerner les effets?» souligne Aude Mirkovic.

Dès l’âge de 10-11 ans, il est possible de prendre des perturbateurs hormonaux, qui vont faire cesser la pousse des poils ou bloquer le développement de la pomme d’Adam dans le cas d’un garçon. S’ensuivront les hormones puis les différentes chirurgies, l’ablation de la poitrine pour les filles, par exemple.

Reste à savoir que, si l’enfant devenu adulte regrette ces changements, des batailles juridiques sont à prévoir. Ainsi, Aude Mirkovic nous rappelle-t-elle le cas de Keira Bell: en décembre dernier, la Haute Cour de Londres statuait qu’un enfant de 14 ans ne pouvait consentir pleinement à une demande de changement de sexe avec des conséquences médicales irréversibles.

«Les détransitionneurs»

Keira Bell, jeune femme de 23 ans, avait intenté un procès contre la clinique de Tavitstock and Portman NHS Trust, spécialisée dans la transition de genre des mineurs. Elle y avait débuté sa transition à partir de 14 ans, avec des bloqueurs de puberté, puis par de la testostérone à 17 ans , et enfin par une ablation des seins à 20 ans. Mais quelques années plus tard, elle reviendra sur sa décision, assumant finalement «son côté féminin», et reprochera à la clinique de s’être précipitée dans sa transition. Keira Bell gagnera son procès. La juridiction affirmant: «Il est peu probable qu’un enfant de 13 ans ou moins soit apte à donner son consentement à l’administration

Keira Bell fait partie de ces «détransitionneurs», un terme encore tabou qui fait peu à peu son chemin sur les réseaux sociaux et dans les médias américains ou canadiens. De jeunes adultes, qui disent regretter d’avoir engagé un processus de transition, font marche arrière. Certains ont livré leur témoignage sur Radio-Canada:

Si la dysphorie de genre existe bel et bien, il importerait de prendre du recul quant aux pratiques médicales parfois irréversibles notamment sur un enfant, nous rappelle le pédopsychiatre:

«Que les adultes recourent à cette transition et qu’ils l’assument, soit. Mais lorsqu’il s’agit d’enfants et d’adolescents, c’est totalement prématuré. Il y a ce mirage que le changement de sexe serait une vraie solution, mais ça n’aborde pas le vrai désespoir. Il faut intervenir pour relativiser les choses et laisser au jeune la possibilité de s’accommoder de sa situation», plaide le Dr Flavigny.

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enfants, transgenre, France
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