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Avatars numériques, chatbots, photos animées: les technologies pouvant «réanimer» virtuellement une personne décédée se multiplient. Interrogé par Le Temps, le spécialiste en droit et éthique de l’innovation Johan Rochel explique que leur usage «maladif» peut avoir des conséquences psychologiques négatives.

Si l’intelligence artificielle peut ranimer les images de personnes décédées, quel effet cela pourrait-il avoir sur leurs proches encore en vie? Le Temps a posé cette question à Johan Rochel, co-directeur d’Ethix, laboratoire d’éthique d’innovation.

Il s’agit d’un «business immense simplement parce qu’on touche à un besoin fondamental de l’être humain qui est de refuser ou en tout cas d’avoir beaucoup de difficultés à accepter la mort, la fin d’une relation», explique-t-il au quotidien suisse.

C’est notamment la technologie Deep Nostalgia, élaborée par l’entreprise israélienne MyHeritage, qui jouit d’une grande popularité sur les réseaux sociaux. Alors qu’elle est capable de redonner vie aux vieilles photos, les utilisateurs s’adonnent largement à «ranimer» leurs ancêtres ou les génies d’antan.

L’éternité numérique peut encore être assurée via les services proposés par des plateformes telles que DeadSocial qui permettent d’«envoyer» des messages dans le futur, voire après son décès, ou un chatbot de Microsoft proposant de «parler» avec un de ses proches décédé.

Une «version améliorée» des souvenirs

Kanye West est allé jusqu’à ressusciter virtuellement le père de sa femme Kim Kardashian, décédé en 2003.

Il n’y a pas à nier que ces technologies peuvent faire évoluer notre capacité à faire le deuil, poursuit Johan Rochel. Depuis quelques années par exemple, le processus s’appuie sur des photos, des vidéos de la personne afin de réveiller les souvenirs.

Grâce à la technologie, «on se rend dans quelque chose qui va plus loin, mais qui répond à mon avis à la même logique. Si on en fait une utilisation saine […] où on va chercher à se remettre dans une situation de joie d’un moment partagé avec la personne et simplement ça, ce sera beaucoup plus tangible. Ce sera la version améliorée de cet échange», estime-t-il.

Une équipe d’ingénieurs en Corée du Sud a mis en place un avatar numérique d’une fillette de 7 ans, morte d’une maladie incurable, pour que sa mère puisse lui dire adieu. L’apparence, les mimiques, la voix ont été recréées à l’aide de l’intelligence artificielle.

Quels effets psychologiques?

Selon M.Rochel, outre les nouvelles pratiques commerciales et médicales, la technologie peut entraîner des conséquences pas forcément positives du point de vue psychologique.

«On aura peut-être des nouvelles formes de maladies autour du deuil, un usage quasiment maladif de ces outils technologiques pour ne pas laisser la personne s’en aller, des nouvelles formes de dépression

Le problème de ces tentatives de faire revivre celui qui n’est plus, c’est qu’on ne sait pas par quoi elles vont se solder. En cela, si l’on s’interroge sur «"Est-ce que j’aurais, au fond, accepté cette offre de poursuivre le contact avec la personne qui est décédée?" Je pense qu’on doit être honnête, beaucoup d’entre nous auraient certainement tenté l’aventure», résume Johan Rochel.

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Tags:
troubles psychiques, dépression, morts, intelligence artificielle
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