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Alors que le pass sanitaire est devenu obligatoire dans les lieux de culture et de loisirs depuis ce 21 juillet, la vérification de sa bonne application par la police risque de faire naître des tensions. C’est ce que craint Rocco Contento, du syndicat Unité SGP. Il déplore qu’une nouvelle fois, les agents soient éloignés de leur mission première.

«Cela ne sera pas possible d’effectuer cette mission de contrôle.»

Rocco Contento, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP Police FO, ne cache pas son appréhension au micro de Sputnik.

À partir de ce mercredi 21 juillet, le pass sanitaire devient obligatoire dans les lieux de culture et de loisirs (cinéma, musée, salles de sport…). Début août, il sera étendu aux cafés et restaurants. Or, comme prévu dans le projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire adopté par le Conseil des ministres le 19 juillet, les forces de l’ordre seront amenées à effectuer des contrôles.

«Une fois de plus, cela tombe sur la police nationale et les policiers vont être réfractaires à faire ce genre de mission», glisse le syndicaliste.

Une lassitude compréhensible. Depuis le début de la crise sanitaire, les forces de l’ordre ont été mises à contribution pour vérifier les attestations de sortie, le respect des confinements et autres couvre-feux, les rassemblements de personnes sur la voie publique ou encore le bon port du masque.

«Le policier a l’impression qu’il sera éternellement mis à contribution pour ce genre de choses», déplore Rocco Contento.

Alors, de nouveaux contrôles? Très peu pour lui. D’autant plus que ceux-ci seront «très chronophages» et que les forces de l’ordre sont confrontées à un manque d’effectifs.

Le Premier ministre a tenu à préciser sur TF1 que ce sont bien les gérants des établissements recevant du public qui seront «responsables du contrôle» du pass sanitaire. Les forces de l’ordre s’occuperont quant à elles de la «vérification de l’identité» du client. Une subtilité procédurale qui ne simplifie guère la situation.

D’autant plus les policiers devront malgré tout mener des contrôles aléatoires afin de s’assurer que les responsables des établissements concernés jouent le jeu. En cas de manquement à leur obligation, les exploitants s’exposent d’ailleurs à des amendes pouvant aller jusqu’à 45.000 euros et un an d’emprisonnement à la quatrième verbalisation en un mois.

Un dévoiement des missions de la police

En outre, la police et la gendarmerie devront contrôler, toujours de manière aléatoire, que les personnes dépistées positives au Covid-19 respectent un isolement obligatoire de dix jours.

«On va servir de garde-chiourmes alors il y a d’autres solutions. Pour les personnes à l’isolement, vous avez par exemple les inspecteurs de la CPAM [caisse primaire d’assurance maladie, ndlr] qui peuvent très bien faire ce travail», souligne le syndicaliste.

Par ailleurs, le membre d’Unité SGP Police FO pointe que cela se fera au détriment de leur cœur de métier: «tout le temps que l’on passera à faire ces contrôles, cela sera du temps en moins pour lutter contre la délinquance.» Et le policier de prévenir: «il ne faudra pas s’étonner que les statistiques de la délinquance, des cambriolages, augmentent.»

«De plus, le ministre nous demande de prioriser absolument certaines missions, à savoir la lutte contre l’immigration irrégulière. Et il nous a demandé récemment, à la suite de tous les féminicides, de vider les armoires des procédures de violences conjugales, donc il faut que l’on traite tout cela aussi en urgence», énumère Rocco Contento.

Sans compter que le syndicaliste craint un mois de septembre sous haute tension: «à la rentrée, cela va être très houleux, parce qu’il y aura encore des mouvements sociaux, peut-être une reprise des Gilets jaunes, de nouvelles manifestations des anti-passe sanitaire qui commencent à monter relativement crescendo.»

Des tensions à venir entre policiers et population?

Autant d’événements qui nécessiteront de faire du «maintien de l’ordre», «sans oublier la menace terroriste qui est toujours actuelle», ajoute-t-il. «On ne peut donc pas être au four et au moulin», résume le syndicaliste.

Au-delà de ces problématiques, il confesse que ces nouvelles tâches pourraient générer des tensions. Une perspective qui inquiète tout particulièrement notre interlocuteur: les missions d’ordre sanitaire «ne sont pas de nature à renforcer le lien police -population», au contraire même. Or, comme il l’explique, «l’un des thèmes du Beauvau de la sécurité portait sur le rapprochement police-population.»

«Pour l’instant, nous n’avons reçu aucune consigne concernant ces contrôles donc on continue nos missions normalement», indique toutefois Rocco Contento.

Jean Castex a d’ailleurs assuré sur TF1 que les professionnels bénéficieront d’une période de pédagogie de «huit jours» avant les premières sanctions. Durant ce laps de temps, «les forces de sécurité mobilisées pour faire les contrôles le feront, non pas pour contrôler et verbaliser les personnes, mais pour les aider, les accompagner», a expliqué Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement à l’issue du Conseil des ministres.

Une période de latence qui devrait rassurer certains agents: «certains collègues sont également contre cette idée de pass sanitaire», confie le syndicaliste.

Les directives ne devraient néanmoins pas tarder, puisque le ministère de l’Intérieur a affirmé à Libération que «les procédures des futurs contrôles seront établies en fonction des décrets d’application», soit après le vote de la loi, actuellement débattue à l’Assemblée nationale.

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Tags:
police, passeport sanitaire
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