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Fin de la crise entre le Qatar et ses voisins: «sans le dire, les Saoudiens et les Émiriens ont perdu la bataille»

© Sputnik . Alexeï Droujinine / Aller dans la banque de photosL'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani
L'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani  - Sputnik France
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Quatre ans après la rupture des relations diplomatiques entre le Qatar et ses alliés régionaux, ces derniers sont parvenus à un accord visant à normaliser leurs relations. Une victoire pour Doha qui n’a pas dû mettre le genou à terre face à ses voisins, explique au micro de Sputnik le grand reporter Georges Malbrunot, spécialiste de la région.

Tapis rouge et accolade chaleureuse. L’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad al-Thani, a été accueilli en grande pompe en Arabie saoudite par le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salmane (MBS) pour le sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ce 5 janvier. Tout sourire, le dirigeant qatari a été invité dans les sables chauds du désert d’Al-Ula, pour mettre fin à quatre années de relations glaciales avec ses voisins du Golfe persique.

Doha, Qatar - Sputnik France
Les pays arabes signent un accord mettant fin à la crise diplomatique avec le Qatar

Le 4 janvier déjà, d’un coup de baguette diplomatique, l’Arabie saoudite a rouvert son espace aérien, ainsi que ses frontières terrestres et maritimes avec le Qatar. Le sommet du CCG a, le lendemain, accouché d’un accord scellant définitivement la fin de cette crise entre voisins. Celui-ci a été signé par Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Oman et l’Arabie saoudite. De son côté, l’Égypte a donné son accord de principe pour relancer les liaisons aériennes avec le Qatar.

Simple apaisement ou vraie réconciliation?

«Je remercie les dirigeants des pays du Golfe pour ces mesures audacieuses. Le sommet a joué un rôle important dans le renforcement de la fraternité et de la stabilité de la région», a déclaré le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, qui préside la réunion. Mais derrière les grandes déclarations et les sourires de façade, parler de réconciliation semble abusif:

«C’est un apaisement dans la brouille entre le Qatar et l’Arabie saoudite, pas une réconciliation», explique au micro de Sputnik le grand reporter Georges Malbrunot, qui a écrit ou contribué à de nombreux ouvrages sur la région.

«On le voit bien d’ailleurs par les absences», poursuit le coauteur de Qatar papers: Comment l’émirat finance l’islam de France et d’Europe (Éd. Lafon, 2019). En effet, l’homme fort des Émirats arabes unis, Mohamed Ben-Zayed, n’était pas présent, le roi du Bahreïn et le Président égyptien non plus.

Doha, grand vainqueur du «bras de fer» avec Riyad et Abou Dhabi?

«C’est un début de réconciliation, important et symbolique, inimaginable il y a encore un an de ça, mais des griefs demeurent», explique le journaliste.

«Cela fait longtemps que la diplomatie qatarie disait qu’ils se réconcilieraient avec le “grand frère” saoudien, pays phare du Golfe. Mais avec les Émirats, ce n’est pas prévu pour tout de suite.» 
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et l'émir du Qatar Sheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, à droite, inspectent une garde d'honneur militaire dans le nouveau palais présidentiel à Ankara, Turquie, vendredi 19 décembre 2014. - Sputnik France
L’Axe Qatar-Turquie, seul contre tous au Moyen-Orient

Deux principaux obstacles idéologiques et géopolitiques empêchent toujours ces rapports de bon voisinage, selon Georges Malbrunot: les relations du Qatar avec les Frères musulmans*, mais aussi avec la Turquie, qui se pose de plus en plus en leader du monde sunnite. Deux sujets qui tiennent particulièrement MBS à cœur.

Des liaisons que le Qatar, revigoré après cet apaisement, compte d’ailleurs maintenir vivaces. Et le fait qu’il ne doive pas les rompre démontre d’ailleurs que Doha a gagné son bras de fer avec ses voisins:

«Le blocus a fait mal pendant quelques mois au Qatar, mais très vite, le pays a su diversifier ses sources d’approvisionnement en se rapprochant notamment de la Turquie et de l’Iran. Au bout de deux ans, [les Qataris, ndlr] se sont retrouvés les grands gagnants de ce bras de fer: ils n’ont pas été asphyxiés, ils n’ont cédé à aucune des conditions imposées par Riyad et ses alliés pour rétablir les relations», explique Georges Malbrunot.  

Il y a quatre ans, lors de l’imposition du blocus, l’Arabie saoudite et ses alliés avaient dressé une liste de 13 points préalables au rétablissement de relations entre le Qatar et ses voisins. La fermeture d’Al-Jazeera et l’expulsion d’individus liés aux Frères musulmans* y figuraient. Doha n’a dû céder sur aucune demande.

MBS: d’une pierre, deux coups

Le calendrier de cette normalisation des relations s’explique d’ailleurs par cette défaite dans ce bras de fer. «Sans le dire, les Saoudiens et les Émiriens ont perdu la bataille et donc il fallait qu’ils trouvent un moyen de sortir de ce combat la tête haute», poursuit George Malbrunot.

«MBS a trouvé une fenêtre d’opportunité parfaite pour faire plaisir à la fois à l’Administration américaine sortante et l’Administration entrante.»

En effet, ce réchauffement permet à l’Administration Trump de proclamer une nouvelle victoire diplomatique, car la Maison-Blanche a également joué un rôle dans la réconciliation de pays qui sont des alliés des Américains.

Washington était frustré par le fait que Téhéran bénéficie financièrement de l’embargo sur le Qatar, car les vols en provenance et à destination du Qatar sont obligés d’utiliser l’espace aérien iranien. Désormais, le débit de cette manne financière sera grandement réduit.

​Et, c’est «une façon pour MBS de décharger Joe Biden d’une crise entre alliés avant son entrée à la Maison-Blanche.» Un joli cadeau de bienvenue.

* Organisation terroriste interdite en Russie

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