«Vivre le naufrage»: Michel Onfray prédit le déclin de la société française

© AFP 2022 CHARLY TRIBALLEAUFrench philosopher Michel Onfray is pictured during the opening of the "Université Populaire de Caen" in the theater of Herouville-Saint-Clair, near Caen, northwestern france on October 15, 2010. AFP PHOTO/CHARLY TRIBALLEAU CHARLY TRIBALLEAU / AFP
French philosopher Michel Onfray is pictured during the opening of the Université Populaire de Caen in the theater of Herouville-Saint-Clair, near Caen, northwestern france on October 15, 2010. AFP PHOTO/CHARLY TRIBALLEAU
CHARLY TRIBALLEAU / AFP - Sputnik France, 1920, 21.06.2021
Michel Onfray dénonce de nouveau la culture «woke», l’hypersensibilité aux droits des minorités, et constate le déclin de la société fondée sur l’héritage de Descartes et Voltaire qu’il essaye de transmettre à la génération de la «cancel culture».

Un siècle après la parution du «Déclin de l’Occident» d’Oswald Spengler, c’est le philosophe Michel Onfray qui continue de nourrir le débat intellectuel en affirmant qu’il ne reste rien d’autre à la société française que de «sombrer avec élégance».

Dans une série de lettres destinées aux jeunes de 20 ans et intitulée «L’art d’être Français», l’essayiste de 62 ans a été pris par le désir de transmettre à la génération de la «cancel culture», «MeToo» et «Balance ton porc» les racines culturelles de la France.

«C’est le pot-au-feu contre le cheeseburger, c’est le verre de vin blanc sec contre la canette métallique de Coca, ce sont d’incroyables fromages qui effraient une partie de la planète par leur puanteur […], ce sont tous les paysages des magnifiques provinces françaises, outre-mer comprises, et ce sur un espace limité, contre les millions de kilomètres carrés de la toundra russe», estime-t-il pour le Figaro le 17 juin.

Le philosophe se distancie de l’idéologie «woke» et se revendique comme appartenant à la civilisation judéo-chrétienne qui est en train de disparaître, selon lui.

«En regard de l’idéologie “woke” qui travaille à l’avènement de ce nouveau paradigme civilisationnel, bien sûr que je regrette la civilisation judéo-chrétienne. Pour l’heure, je me bats pour elle», a-t-il poursuivi.

​L'essayiste a déjà exprimé son étonnement devant la popularité de la culture «woke». Pour dénoncer le phénomène de la «cancel culture» qu’il juge absurde, il a ironiquement proposé dans une interview à Sputnik en mars d’annuler La Métaphysique d’Aristote:

«Aristote a par exemple dit que tant que les navires ne fonctionnerait pas tout seuls, il faudrait des esclaves. Il a défendu l’esclavagisme donc on ne lit plus La Métaphysique».

Le malaise français

L’épuisement de la civilisation française est expliqué par le manque d’éducation et l’absence de repères.

«Il y a de la violence car il n’y a plus d’éducation, plus de référence, il n’y a plus de socle commun», a-t-il fait remarquer dans Le Grand Rendez-vous sur Europe 1 le 20 juin.

L’essayiste croit déjà savoir quelle sera la prochaine civilisation. Auprès du Figaro, il évoque Elon Musk, la conquête de l’espace et la transformation, même la dénaturation, du corps et du quotidien:

«Le Christophe Colomb de cette nouvelle civilisation a pour nom Elon Musk», avance Onfray en affirmant que lui-même est «un fils de cette vieille civilisation plus proche du pot-au-feu que de la viande cellulaire clonée vers laquelle nous cheminons à grands pas».

Voltaire et Hugo

Dans son ouvrage, il évoque l’importance de l’héritage de Montaigne, Descartes, Rabelais, Voltaire, Marivaux et Hugo dans la construction de l’esprit français. L’époque contemporaine, d’après lui, ne permet plus d’être rabelaisien, cartésien ou voltairien.

Marivaux à l’époque actuelle serait un bouc émissaire du néo-féminisme, Victor Hugo serait décrit comme un «démagogue», et les œuvres de Voltaires seraient brulées «parce qu’on y trouve de l’antisémitisme, de la misogynie, de la phallocratie, de l’homophobie, de l’islamophobie».

«Sombrer avec élégance»

Face à ce déclin, Onfray ne propose que de «vivre un naufrage»:

«Sur le Titanic, quand il a été annoncé par le commandant de bord que le navire allait couler, il a bien fallu tout de même vivre le naufrage. Il ne servait alors à rien de couiner. Ce qui nous reste dans ces cas-là, c’est de sombrer avec élégance», continue-t-il, avant d’ajouter qu’il a bien envie de «mourir vivant».
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