- Sputnik France, 1920
Affaire Valieva
La jeune patineuse artistique russe Kamila Valieva se trouve au coeur d'une affaire de dopage aux Jeux olympiques de Pékin.

"Orchestrée" et "politisée": des politologues s’expriment sur l’affaire Valieva

© Sputnik . Alekseï Filippov / Aller dans la banque de photosKamila Valieva, la patineuse russe
Kamila Valieva, la patineuse russe - Sputnik France, 1920, 13.02.2022
Les Jeux olympiques sont une bonne occasion pour des provocations politiques, car l’audience est énorme, et le scandale antidopage autour de la Russe Valieva serait motivée par des raisons politiques, estime à Sputnik le politologue Roman Alekhine, alors que le chercheur Vladimir Olentchenko qualifie la situation d’"orchestrée ou coordonnée".
L'histoire du contrôle antidopage positif de la patineuse artistique russe Kamila Valieva est clairement motivée par des raisons politiques, a déclaré à Sputnik le politologue Roman Alekhine. La patineuse russe de 15 ans est toujours dans l’expectative, après l’annonce d’un contrôle positif à la trimétazidine réalisé en décembre dernier.
Selon lui, il n’y a pas de doute qu’il y a les motifs politiques qui sont derrière ce scandale. Il rappelle que ce n’est pas première fois dans l’histoire que les Jeux olympiques, qui attirent des énormes audiences, sont politisés.
"Dans tous les scandales de dopage, il faut toujours comprendre l’arrière-plan politique. […] Les Jeux ne sont pas politisés maintenant, les Jeux olympiques l'ont toujours été, parce qu'ils ont une énorme audience mondiale. Tout le monde regarde, tout le monde s'intéresse à ce qui se passe là-bas et, par conséquent, les pays qui n'ont pas peur des outils les plus sales, y compris d'instrumentaliser les Jeux olympiques pour marquer des points politiques pour eux-mêmes ou discréditer des pays partenaires", explique l’interlocuteur de Sputnik.
Pour lui, le volume de l’audience qui écoute la position des pays occidentaux joue aussi un rôle important, soulignant que plus de gens vont croire à leur présentation de faits, alors que la position russe pourrait rester dans l’ombre dans certaines situations. En outre, il évoque l’histoire de l’interdiction de la chaîne de télévision RT en Allemagne.
"Ils ont un grand nombre de médias, alors que nous n'en avons pas autant, ils ont des audiences énormes, ce que nous n'avons pas. Cela inclut des lois unilatérales, nous voyons une sorte de liberté d'expression, mais néanmoins l'Allemagne a récemment fermé la [chaîne, ndlr] RT allemande. Ils peuvent utiliser ça", ajoute-t-il.
À son tour, Vladimir Olentchenko, chercheur principal au Centre d'études européennes de l'Institut d'économie mondiale et de relations internationales, a expliqué à Sputnik que "cette situation n'est pas conforme aux normes olympiques, ni aux normes de comportement, ni aux normes de l'esprit olympique".
"Un aspect qui donne à réfléchir est que Stockholm a notifié cet échantillon positif le 9 février, deux jours après que l'équipe russe a remporté la première place, c'est-à-dire les médailles d'or. Un autre aspect est que les États-Unis sont arrivés en deuxième position. Et le 10 février, le chef du comité antidopage américain a déclaré que les États-Unis engageraient des poursuites pénales contre Valieva. Tout cela donne une image défavorable et laisse l'impression d'une sorte d'action orchestrée ou coordonnée", détaille le spécialiste au micro de Sputnik.
Qui plus est, il a attiré l’attention sur le fait que "l'Agence mondiale antidopage profère des menaces, alors qu'il n'y a pas encore de décision, ce qui vise également à affecter le moral des athlètes". L’expert a estimé que cela est également "incorrect et malhonnête".

Drapeau russe aux Jeux olympiques

En outre, les motifs de ce scandale autour de la patineuse russes sont plus larges et ne concernent pas que ces Jeux olympiques, note Roman Alekhine. A la question de savoir si cette histoire intervient à cause du contexte politique tendu entre la Russie et l’Occident, il pense que cela n’est pas nouveau et qu’il s’agit d’une continuation des premières scandales antidopage autour de la Russie quand le pays avait été privé de la possibilité de se présenter sous son drapeau.
"Cela ne s'inscrit pas dans le cadre des Jeux olympiques actuels [...], ils ne veulent pas laisser la Russie sortir du drapeau olympique [pour être, ndlr] sous le drapeau russe […]. Tout sera fait pour que la Russie ne se présente pas aux prochains Jeux olympiques sous le drapeau russe, pour que la Russie continue à tolérer ce déshonneur", indique l’expert.
En se lançant dans les pronostics des scénarios probables, il considère que si les provocations continuent, "si nos +partenaires+ arrivent à leurs fins avec Valieva, je suis sûr que la Russie n'ira pas sous un drapeau neutre, elle refusera de participer" aux Jeux olympiques suivants.

Le médicament "trouvé"

Vladimir Olentchenko rappelle que la trimétazidine qui, comme l’affirme le laboratoire de Stokholm, a été découverte dans le test de l’athlète russe ne peut pas affecter les performances sportives dans ces quantités infimes.
Ce médicament ne permet pas d'améliorer la performance physique à la base, l'endurance ou la mobilité, mais qui sert habituellement à soutenir l’activité cardiovasculaire des personnes âgées, a-t-il ajouté.

Le sport et la politique

Interrogé sur si la politique et le sport coexistaient tout le temps ensemble, M.Olentchenko a conclu que cela dépendait du choix moral.
"C'est une question de choix moral. En ce qui concerne la Russie, nous séparons clairement la politique et le sport, la politique et la culture. Mais malheureusement, il y a des pays ou des organisations qui essaient de combiner ces choses et il est alors difficile de dire ce qu’il y a le plus, et il s'avère alors que la politique commence à influer sur le sport. Le sport était un mécanisme et un instrument pour restaurer les relations entre les pays, la confiance, le dialogue et mettre fin aux hostilités. Mais ici, aujourd’hui c'est l'inverse", résume l’interlocuteur de Sputnik.

Affaire Valieva

La patineuse artistique russe Kamila Valieva, âgée de 15 ans, est devenue la première patineuse à réussir un quadruple saut aux Jeux olympiques le 7 février. Sa performance a contribué à ce que l’équipe russe termine première de l'épreuve par équipe.
C’est le 7 février, juste après l’épreuve par équipe, que le laboratoire antidopage de Stockholm a déclaré que son test fait le 25 décembre 2021 était positif, soit bien au-delà du délai établi de 20 jours. D’après l’instance, l’échantillon de Valieva contient de la trimétazidine, une substance figurant sur la Liste des interdictions 2021 de l'Agence mondiale antidopage (AMA), mais qui n’influence pas les performances sportives, selon les médecins.
Le 8 février, l’Agence de contrôles internationale (ITA) a informé le Comité olympique russe de la suspension provisoire de l’athlète sur décision de l’Agence antidopage russe RUSADA. Après avoir fait appel, la patineuse russe a ensuite été autorisée à s’entraîner à nouveau en attendant la décision finale du Tribunal arbitral du sport (TAS).
La jeune patineuse russe Kamila Valieva - Sputnik France, 1920, 13.02.2022
Un juriste donne diverses raisons pouvant expliquer le test antidopage positif de la patineuse russe
Le 15 février débute l’épreuve individuelle de patinage artistique pour laquelle Kamila Valieva est favorite. La décision concernant son cas devrait être rendue la veille, le 14 février, alors que la date de présentation des listes de participantes est le 13 février.
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