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L’offensive menée par la Chine contre les cryptomonnaies, bitcoin en tête, a eu pour effet de faire chuter les cours. Au micro de Sputnik, Philippe Herlin, économiste et spécialiste du bitcoin, se dit pourtant «très optimiste» sur l’avenir de la doyenne des cryptos et estime même que la réaction chinoise ne fait que renforcer son statut.

La Chine a déclaré la guerre au bitcoin. Vivant une relation tumultueuse depuis des années avec les cryptomonnaies, dont évidemment avec la plus célèbre d’entre elles, l’Empire du Milieu passe à l’offensive depuis plusieurs semaines. Après avoir interdit aux institutions financières, banques et entreprises de paiement d’utiliser des cryptomonnaies, Pékin s’en prend désormais aux fermes de minage situées sur son sol.

​Pour mémoire, il s’agit de bâtiments accueillant de puissants ordinateurs et serveurs informatiques effectuant les calculs complexes qui permettent d’enregistrer les transactions de bitcoin dans la blockchain. À l’instar d’Elon Musk, patron de Tesla et Space X, le parti communiste chinois se dit préoccupé par l’impact environnemental des fermes de minage qui utilisent une quantité considérable d’électricité. Une récente étude de Deutsche Bank l’estime au niveau de la consommation annuelle de la Suisse.

La Chine tout en contrôle

Mais la variable écologique est loin d’être seule dans l’équation. «Les transactions et la spéculation sur les cryptomonnaies perturbent l’ordre économique et financier, accroissent le risque d’activités criminelles telles que les transferts d’actifs transfrontaliers et le blanchiment d’argent», a indiqué la Banque centrale chinoise.

Au micro de Sputnik, Philippe Herlin, spécialiste du bitcoin et économiste qui n’a jamais caché son libéralisme, assure que l’attitude de Pékin démontre ce qu’incarne la doyenne des cryptomonnaies: «la liberté». D’après lui, la Chine, qui «hésitait», a décidé de pencher clairement du côté du «contrôle social» face au bitcoin.

«Si le bitcoin ne permet pas de faire des transactions totalement anonymes, cela l’est toujours plus qu’avec une carte bancaire classique. De plus, il permet de faire des virements à l’étranger et donc de contourner le contrôle des changes mis en place par Pékin», explique-t-il.

Il rappelle que le yuan est indexé sur le dollar avant de poursuivre son analyse: «Il est donc important pour la Banque centrale chinoise que le moins de transactions possible lui échappent de façon à contrôler cet ancrage du cours de la monnaie avec le billet vert.»

Une «monnaie qui incarne la liberté»

L’auteur de J’achète du bitcoin (Éd. Eyrolles) explique donc l’offensive chinoise sur le bitcoin par la crainte que ce dernier puisse remettre en cause le contrôle des changes si cher à Pékin. Il note également la volonté de la Chine de mettre en place un cryptoyuan, qui ne ferait qu’augmenter le contrôle social existant au sein de l’Empire du Milieu.

«Cela ferait drastiquement baisser la circulation de cash et le gouvernement chinois serait donc en mesure de connaître la quasi-totalité des dépenses de ses citoyens», lance Philippe Herlin.

D’après l’expert, les autorités peuvent tolérer que les Chinois possèdent un peu de bitcoins comme investissement, mais ne veulent pas qu’ils l’utilisent comme monnaie de transaction.

«Le bitcoin ressort renforcé dans son rôle de monnaie qui incarne la liberté et l’autonomie. En ce sens, ce que fait la Chine est donc une bonne nouvelle pour cette crypto», juge-t-il.

Même son de cloche du côté de Brand Arvanaghi, ancien ingénieur d’échange de cryptomonnaies et cité par le site Cointribune. Il estime que les cryptomonnaies «font frissonner» les nations comme la Chine.

​D’après lui, le bitcoin est loin d’être enterré. Il va même plus loin en déclarant qu’il s’agit ni plus ni moins de «la plus grande réserve de valeur de l’histoire de la planète Terre.» Des mots forts qui ne choquent pas Philippe Herlin:

«On peut considérer que le bitcoin va dépasser l’or», estime l’économiste.

Il rappelle cependant que le marché de la célèbre cryptomonnaie pèse environ un dixième de celui de l’or, qu’il estime à «10.000 milliards de dollars». Passé un temps au-dessus des 1.000 milliards de dollars, le marché du bitcoin a souffert de la chute de ses cours. Ce 25 juin, il dépasse «seulement» les 600 milliards de dollars, selon le site spécialisé Cryptoast.

Des impressions monétaires «délirantes»

Mais l’économiste sollicité par Sputnik note un avantage conséquent de la cryptomonnaie par rapport au métal jaune: sa facilité de déplacement.

«L’or est compliqué à déplacer, car cela prend du temps et coûte cher et les certificats qui s’échangent sur les marchés et sont censés prouver la détention d’une quantité donnée d’or reste du papier», souligne l’expert.

Philippe Herlin estime que le statut immatériel du bitcoin permet de facilement le transférer: «cela le rend plus efficace que l’or. D’autant plus que le fait que les unités ne dépasseront jamais 21 millions rend impossible toute planche à billets au même titre que l’or dont on ne trouve que des quantités limitées chaque année.»

«C’est l’opposé des Banques centrales, dont les impressions monétaires sont délirantes. Le bitcoin est donc une réserve de valeur au même titre que l’or, mais il est un moyen de paiement plus facile à utiliser», poursuit-il.

En attendant, l’attitude de la Chine vis-à-vis du bitcoin continue de bousculer le marché. Pékin vient de suspendre le minage dans le Sichuan (sud-ouest), qui était jusqu’ici en pointe dans ce domaine, en raison notamment du faible coût de l’électricité. D’autres décisions semblables ont été prises et ont touché plusieurs régions de l’Empire du Milieu.

​Résultat? De nombreux mineurs ont déjà ou souhaitent quitter la Chine pour d’autre pays plus accueillants, comme le Kazakhstan. C’est notamment ce qu’a fait la firme chinoise BIT Mining qui est cotée en Bourse aux États-Unis. Elle a annoncé le 21 juin avoir transféré 320 machines au Kazakhstan depuis le Sichuan. Elle compte en expédier prochainement 2.600 autres.

Minage du bitcoin, enjeu géopolitique

Mais un autre pays se tient en embuscade pour accueillir les mineurs chinois éconduits: les États-Unis. Le gouverneur du Texas s’est déjà dit favorable aux activités de minage. Interrogé par l’AFP, Nic Carter, du fonds américain de capital-risque Castle Island Ventures, a assuré que «les mineurs vont prendre cela en compte.» «Le principal danger pour eux, ce n’est pas tant le prix de l’électricité que le risque politique», ajoute-t-il.

​Philippe Herlin note que l’intérêt pour le Texas est clair: récupérer une industrie avec toute l’activité économique que cela génère. Mais il voit plus globalement une volonté géopolitique de la part des États-Unis:

«Ils sont aujourd’hui une terre de minage sensiblement moins importante que la Chine. Cela ne correspond pas au statut de première puissance économique des États-Unis.»

Washington pourrait-il donc profiter de la fuite des mineurs observés en Chine pour rééquilibrer la balance? C’est l’analyse proposée par Philippe Herlin, qui pense que la volonté affichée des États-Unis de pratiquer un minage plus écologique sert de prétexte à leur véritable objectif: mettre la main sur une partie importante du minage international.

«Les Américains sont conscients que le bitcoin va prendre de plus en plus d’importance à l’avenir», estime-t-il.

Il rappelle qu’à l’époque de l’étalon-or, les pays qui en possédaient beaucoup étaient des pays puissants. «Les États-Unis veulent reproduire cela avec le bitcoin. Ils profitent déjà du fait que de nombreux détenteurs institutionnels et particuliers de bitcoin soient Américains. Avoir sur leur sol une grosse partie des opérations de minage ne ferait que renforcer leur statut de superpuissance économique», poursuit-il.

​Quand on sait que le Global Times estime que 90% des capacités de minage chinoises sont aujourd’hui à l’arrêt, l’on se dit que les États-Unis ont une carte à jouer. Pour le moment, Nic Carter prédit une année au ralenti en raison des relocalisations: «les transactions vont se faire plus lentement, probablement pendant quelques mois.»

Ce 25 juin à 15h02, le cours du Bitcoin atteignait 33.037 dollars, soit une baisse de 2,89% sur 24h, d’après Cryptoast. Nous sommes très loin du record à plus de 60.000 dollars enregistré en avril. Mais pour Philippe Herlin, sa mauvaise forme actuelle n’est que passagère. Il se dit «très optimiste» pour l’avenir de la cryptomonnaie et considère que le relatif prix bas doit pousser à l’achat.

«On est qu’au début de l’histoire. Le cours du bitcoin est très volatil et quand l’on en achète, il faut fixer un horizon à trois ou quatre ans», conclut l’économiste.

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