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La France présente les signaux d’une reprise épidémique du Covid-19. À quoi cela peut-il être dû? Selon Frédéric Bizard, président du think tank «Institut Santé», le pays échoue au cœur même du dispositif de lutte contre le virus: les tests et le traçage. Entretien.

La plus importante hausse quotidienne de cas de Covid-19 en France depuis plus de deux mois a été enregistrée le 05 août, avec 1.695 nouveaux cas.

Un regain de 54% a été observé la semaine du 30 juillet sur tout le territoire, avec une augmentation particulière chez les 20-30 ans. Pourtant, les dernières semaines ont été marquées par le renforcement des gestes barrières, dont le port du masque, rendu obligatoire d’abord dans les lieux clos, puis à l’extérieur dans certaines communes.

La France «court après le virus, mais ne le maîtrise pas». C’est ce constat que dresse Frédéric Bizard, président du think tank «Institut Santé», un centre de recherche dédiée à la refondation du système santé.

L’auteur de Et alors la réforme globale de la santé, c’est pour quand? (Fauve éditions) a son idée sur la cause de ce regain épidémique:

«On fait du masque l’édifice soi-disant miracle de la protection de la population, alors que ce n’est qu’un outil important, certes, mais complémentaire de ce cœur du dispositif» que constituent d’après lui, les tests, le traçage et l’isolement.

Le 29 juillet, Gabriel Attal, le nouveau porte-parole du gouvernement, affirmait qu’avec près de 500.000 tests par semaine, la France était, selon lui, le pays qui en réalisait le plus par habitant.

Les tests en hausse, l’attente des résultats aussi

Si le pays a effectivement augmenté son volume de tests, elle est encore loin d’être au maximum de ses capacités, qui sont de plus utilisées de manière brouillonne, selon Frédéric Bizard.

«On n’a pas arrêté de changer de politique en matière de tests: avant, c’était seulement les personnes symptomatiques, puis après on a voulu faire des campagnes ciblées chez les personnes asymptomatiques.
Nous n’avons aucune stratégie définie en matière de tests et plus grave que ça, les gens que l’on teste n’ont pas les résultats à temps. Nous ne donnons pas au test toute sa valeur stratégique, qui est de permettre d’isoler à temps les gens qui sont positifs», s’insurge Frédéric Bizard au micro de Sputnik.

Si dorénavant, l’accès aux tests est ouvert à tous, les laboratoires sont saturés, notamment par les voyageurs désirant se rendre à l’étranger. En effet, les compagnies aériennes ont exigé un test négatif de moins de 72 h à présenter avant l’embarquement. Cela représente «la moitié des demandes», souligne le Dr Jean-Claude Azoulay, président de l’URPS Biologie d’Île-de-France, à Libération. Si la plupart des voyageurs arrivent à avoir des résultats en 72 h, que dire des personnes qui restent sur le territoire?

«Le problème, c’est que quand vous êtes testés, il faut avoir les résultats dans la journée, au plus tard le lendemain et rester isolé dans l’idéal, dans l’attente de ces résultats pour savoir si vous pouvez vous mêler au reste de la population ou si vous devez être isolé: c’est aussi simple que ça. Il faut être d’une rigueur sans faille dans cette succession d’actions; or nous ne l’avons jamais été et nous ne le sommes toujours pas.»

Les laboratoires se retrouvent saturés et au vu des moyens, ils ne peuvent communiquer de résultats avant plusieurs jours. C’est ce qui est arrivé à l’un des journalistes de Sputnik: il présentait des symptômes du Covid-19 et il a dû attendre cinq jours avant de recevoir son test, heureusement négatif. S’il a pu travailler de chez lui en attendant les résultats, combien de personnes infectées sans le savoir et dans l’attente du verdict du laboratoire, ne sont pas en capacité de s’isoler du fait de leur activité professionnelle et sont ainsi susceptible de contaminer leur entourage?

Manque patent de rigueur dans la chaîne de dépistage

Si la capacité de test est une bonne nouvelle pour la France, l’attente des résultats complique le traçage et l’isolement d’un patient positif. L’application StopCovid, lancée le 2 juin et téléchargée par seulement 3% de la population n’a donc pas eu l’effet escompté. Seulement 14 personnes avaient reçu des notifications à la mi-juin et 68 personnes avaient indiqué être infectées sur l’application.

Une maîtrise bancale de l’épidémie qui fait redouter un nouveau confinement, dont les conséquences seraient dramatiques aussi bien sur le plan social qu’économique.

Application StopCovid, une opération qui tourne au fiasco
© Sputnik . Bruno Marty
Application StopCovid, une opération qui tourne au fiasco

 

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tests, Covid-19, France
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