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     la zone de désescalade d’Idlib

    Tahhan: «Les Occidentaux font tout pour détourner les Syriens des zones à pétrole»

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    Damas et ses alliés sont engagés dans une guerre d’usure afin de reprendre la province d’Idlib, dominée par des groupes jihadistes. Beaucoup d’intérêts sont en jeu, notamment côté turc. Bassam Tahhan, géopolitologue franco-syrien, nous aide à y voir plus clair.

    Déjà trois mois que l’aviation syrienne et celle de son allié russe bombardent massivement la province d’Idlib. Cette zone située dans le nord-est de la Syrie est tenue par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham* (HTS), ex-branche syrienne d’Al-Qaïda*. Diverses autres factions extrémistes et des groupes de rebelles diminués et affaiblis y sont également présents.

    La situation est compliquée dans la région. En septembre dernier, Moscou et Ankara signaient un accord visant à mettre en place une «zone démilitarisée» afin de séparer les territoires contrôlés par Damas de ceux de ses ennemis, dont certains groupes sont soutenus par la Turquie. Un accord dont plusieurs dispositions n’ont pas été respectées.

    Les 1er et 2 août se tiendront au Kazakhstan la 13e édition des pourparlers de paix sur le conflit syrien et réunissant la Russie, l’Iran et la Turquie, dit processus d’Astana– Noursoultan. La situation à Idlib occupera une bonne partie des débats alors qu’Ankara craint qu’une offensive de masse de Damas et de ses alliés n’entraîne un afflux de réfugiés en Turquie. Le géopolitologue franco-syrien Bassam Tahhan nous aide à décrypter la situation.

    Sputnik France: Comment analysez-vous ce qu’il se passe à Idlib?

    Bassam Tahhan: «Il faut rappeler plusieurs choses. Idlib est une zone de désescalade entre l’armée syrienne et ses alliés d’un côté, et des groupes islamistes soutenus par la Turquie de l’autre. Chaque fois qu’une réunion a eu lieu au sujet d’Idlib, la Russie a toujours précisé que les accords signés en septembre 2018 étaient temporaires et en aucun cas définitifs. Moscou a averti qu’en cas de non-respect des engagements par les islamistes, la Russie se réservait tout droit à intervenir avec l’armée syrienne. Les Turcs sont également visés dans cet avertissement qui montre toute la complexité des relations turco-russes. Les Turcs n’ont jamais caché leur volonté de renverser Assad. Ces derniers n’obligent pas les islamistes à respecter les accords, comme se débarrasser de l’armement lourd ou reculer de tant de kilomètres de la ligne. Erdogan essaie d’obtenir un compromis avec les Américains, car il souhaite réaliser un vieux rêve qui est de mettre la main sur la zone qui court le long de la frontière syro-turque, qui fait environ 900 kilomètres et qui est située au sein du territoire syrien.»

    Sputnik France: Plusieurs observateurs parlent de «guerre d’usure»…

    Bassam Tahhan: «Dans cette affaire, les Occidentaux soutiennent les Turcs. Et, pour eux, il faut que la bataille d’Idlib dure le plus longtemps possible de manière à paralyser l’armée syrienne afin qu’elle ne puisse pas reconquérir l’Est de l’Euphrate. Si l’armée syrienne, avec l’aide de ses alliés que sont la Russie, l’Iran et le Hezbollah, réglait le problème d’Idlib, elle pourrait de concentrer vers l’Est de l’Euphrate. Idlib est stratégiquement prioritaire, car les islamistes s’attaquent aux Russes et à la zone de Lattaquié, relativement préservée depuis le début du conflit. De plus, la route entre Damas et Alep est coupée par les jihadistes. C’est la raison pour laquelle les Turcs ne font qu’augmenter les postes d’observation à Idlib et ne respectent pas les accords. Les représentants russes et turcs auront fort à faire lors des discussions qui auront lieu prochainement au Kazakhstan.»

    Sputnik France: Quel rôle jouent les Occidentaux dans la situation?

    Bassam Tahhan: «Les Russes sont attaqués par des drones et des missiles que les groupes qui les possèdent n’ont pas la technique et les ressources pour fabriquer et orienter. C’est bien qu’on les leur fournit. De plus, les Occidentaux ont doté certains groupes anti-Assad de missiles ultramodernes qui ont fait beaucoup de mal aux tanks syriens. Encore une fois, tout ceci n’est qu’une diversion pour détourner les Syriens de l’est de l’Euphrate où se trouve le pétrole.»

    Sputnik France: Pourrait-on assister prochaine au dernier assaut sur Idlib?

    Bassam Tahhan: «Le rêve de la coalition occidentale est que cela continue. La réunion qui va bientôt avoir lieu au Kazakhstan ne résoudra rien. Il me semble que l’on pourrait bientôt voir le dernier assaut sur Idlib. Les islamistes présents dans la zone représentent un trop grand danger pour Damas. La Syrie a récemment rappelé aux Occidentaux que l’Est de l’Euphrate devait être libéré. On peut y avoir un signe que Damas et ses alliés s’apprêtent à porter le coup de grâce à Idlib afin de s’attaquer au problème de l’Est du pays.»

    *organisations terroristes interdites en Russie

     

     

    Tags:
    Bassam Tahhan, Grand Moyen-Orient, géopolitique, politique
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