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    Donald Trump prend part à la danse au sabre en Arabie saoudite

    Tahhan: «Les États-Unis sont doublement gagnants avec les attaques en Arabie saoudite»

    © AFP 2019 MANDEL NGAN
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    L’attaque d’installations pétrolières saoudiennes par des drones lancés par les rebelles houthis du Yémen ont fait tanguer le marché mondial du pétrole et ravivé les tensions entre Téhéran, soutien des Houthis, et Washington. Le politologue et spécialiste de la région Bassam Tahhan analyse la situation pour Sputnik.

    C’était une offensive d’envergure aux conséquences fracassantes. Le 14 septembre, les rebelles houthis ont assuré avoir attaqué deux installations pétrolières en Arabie saoudite, pays qui se bat contre ces mêmes rebelles depuis des mois dans une guerre dévastatrice au Yémen.

    Un événement qui a entraîné la chute de la moitié de la production de pétrole saoudienne. 5,7 millions de barils par jour sont concernés, cela représente environ 6% de l'approvisionnement mondial de pétrole. Et d’après S&P Platts, spécialiste des marchés pétroliers, quelque trois millions de ces barils devraient rester en dehors du circuit durant un mois.

    ​Le 16 septembre a vu la plus forte hausse sur le Brent depuis la création du contrat en 1988 (+14,6%). C’est lui qui fait office de référence au sein du marché mondial. Cependant, le 17 septembre, les cours ont à nouveau chuté. Le marché a été rassuré par des informations de presse annonçant que la production saoudienne pourrait être rétablie d'ici à deux ou trois semaines. «Vers 14H30 GMT (16H30 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord plongeait de 6,42% à 64,63 dollars à Londres, et celui de WTI dégringolait de 6,22% à 59,02 dollars à New York», annonçait l’AFP.

    Reste que ce contexte tendu a ravivé les tensions entre Washington et Téhéran, qui soutient les rebelles houthis dans leur conflit contre l’Arabie saoudite au Yémen. Riyad a d’ores et déjà accusé l’Iran d’être derrière les attaques. Pour Donald Trump, «il semble» que Téhéran soit coupable même s’il souhaite savoir «avec certitude qui est responsable».

    Le gouvernement iranien a pour sa part rejeté des accusations qu’il juge «insensées» et «incompréhensibles».

    «Le Yémen est la cible de bombardements quotidiens», a déclaré depuis Ankara le Président iranien Hassan Rohani. Avant d’ajouter: «Le peuple du Yémen a été obligé de répondre. Ils ne font que se défendre.»

    Le 15 septembre, Donald Trump, s’était dit «prêt à riposter» devant la presse:

    «Je peux vous dire que c'était une très grosse attaque et notre pays pourrait très facilement y répondre par une offensive beaucoup plus grosse.»

    Pour le moment, le locataire de la Maison-Blanche a privilégié le dialogue. Mais l’Iran ne souhaite pas négocier avec Washington.

    «Si les États-Unis [...] se repentent de s'être retirés», en 2018, de l'accord sur le nucléaire iranien, et qu'ils décident d'y revenir, «alors ils pourront participer aux discussions entre l'Iran et les autres membres» parties à cet accord, a lancé l’ayatollah Ali Khamenei devant des étudiants à Téhéran.

    Pour sa part, Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Russie auprès des Nations unies, s’est inquiété d’une situation qui pourrait dégénérer lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à New York le 16 septembre:

    «Une escalade armée menace de compliquer davantage la recherche d'une solution pacifique au problème du Yémen et menace de devenir une confrontation régionale de grande ampleur», a déclaré M.Nebenzia lundi 16 septembre, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à New York.

    Quant à la Chine, deuxième puissance économique mondiale et très grande consommatrice de pétrole, elle a condamné les attaques.

    «La Chine [...] est opposée à toute attaque contre des civils ou des installations civiles. Nous appelons toutes les parties concernées à s'abstenir de toute mesure qui mènerait à une escalade» dans la région, a lancé le 17 septembre Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise.

    Une situation plus qu’explosive qui pourrait avoir encore de lourdes conséquences. Sputnik France a fait appel au politologue et spécialiste de la région Bassam Tahhan afin d’y voir plus clair.

    Spuntik France: Quelles conséquences vont avoir une telle attaque sur l’économie saoudienne?

    Bassam Tahhan: «L’Arabie saoudite est susceptible de connaître une crise économique. Elle va se retrouver en difficulté pour respecter ses commandes vu que la moitié de sa production a chuté. La situation est paradoxale. Riyad ne profiterait pas tant que cela de l’augmentation des prix du pétrole. Les vrais gagnants seraient les États-Unis et les autres pays producteurs que l’on a tenté d’asphyxier il y a quelques années en faisait tout pour baisser les prix des cours. Je pense à la Russie, l’Algérie ou l’Iran.»

    Sputnik France: Les prix du pétrole ont à nouveau reculé le 17 septembre…

    Bassam Tahhan: «Il n’est pas dit que les Houthis n’envoient pas encore des missiles sur des raffineries ou des champs pétroliers en Arabie saoudite. Un des leaders du mouvement a à nouveau enjoint Riyad à arrêter ses bombardements au Yémen sous peine de nouvelles attaques d’installations pétrolières sur le territoire du royaume. Est-ce que cette menace passera à exécution? C’est possible. Et il faut voir tout cela à la lumière des tensions entre l’Iran et les États-Unis.»

    Sputnik France: C’est-à-dire?

    Bassam Tahhan: «Plus les États-Unis font pression sur l’Iran, plus il risque de se produire des bombardements d’installations pétrolières en Arabie saoudite. Par ailleurs, Téhéran a refusé toute possibilité de rencontre avec les dirigeants américains dans le contexte actuel. L’Iran durcit le ton et a les cartes en mains. Surtout si le baril de pétrole continue de monter, ce qui aidera Téhéran à contourner les sanctions économiques dont il fait l’objet.»

    Sputnik France: Pourrait-on assister à un conflit armé entre les États-Unis et l’Iran?

    Bassam Tahhan: «Je ne vois pas de confrontation à court terme. Les États-Unis n’ont pas intérêt à entrer en conflit armé direct. Encore une fois, ils sont gagnants si on tient compte de la situation actuelle. C’est le plus grand pays producteur de pétrole au monde et ils vont profiter de la situation pour vendre des armes.»

    Sputnik France: Comment analysez-vous la position américaine dans cette affaire?

    Bassam Tahhan: «Est-ce que les États-Unis soutiennent réellement l’Arabie saoudite? On se demande comment ils ne parviennent pas à abattre ces drones. La grande question est de savoir si la Maison-Blanche laisse faire. Il faut rappeler qu’elle est doublement gagnante avec ce bombardement. Il n’y a qu’à entendre Trump, qui se dit prêt à aider ses alliés saoudiens mais certainement pas à faire la guerre à leur place. Les États-Unis profiteraient d’une part de l’augmentation des prix du pétrole mais également du fait que l’Arabie saoudite va devoir continuer à acheter des armes aux Américains afin de se protéger. Mais peut-être qu’elle optera pour des missiles S-400 comme le Président Poutine lui a proposé (rires).»

    Sputnik France: Quid de la famille royale saoudienne et de son leader, Mohammed Ben Salmane?

    Bassam Tahhan: «Cela fait un moment que je prédis l’effondrement des Saoud. Avec l’évolution de la situation et le renforcement de l’Iran, il est fort possible que cela précipite la chute de la famille régnante. Si vous regardez du côté des Émirats arabes unis, qui sont censés être alliés à l’Arabie saoudite au Yémen, des émissaires émiratis sont allés en Iran et ont tenté de renouer le dialogue. Et les Houthis n’ont pas attaqué les Émirats alors qu’ils auraient pu le faire.»

    Sputnik France: Si les prix du pétrole venaient à monter durablement, comment cela impacterait-il l’Europe et la France?

    Bassam Tahhan: «La facture serait lourde pour l’Europe. Une situation qui, là encore, se révélerait bénéfique pour l’Iran. Les pays européens sont de grands consommateurs de pétrole mais ils n’en produisent pas. Une hausse massive des prix serait catastrophique pour leurs économies, dont celle de la France. Dans ce cas-là, ils seraient amenés à s’arranger avec les pays producteurs, qu’ils soient la cible de sanctions comme l’Iran ou pas.»

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    Tags:
    Donald Trump, Iran, pétrole
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