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    Les policiers surveillent une action non autorisée à Moscou  contre le rejet d'une soixantaine de candidatures aux élections locales

    Les élections municipales à Moscou: le parallèle avec les Gilets jaunes ?

    © Sputnik . Evgueni Odinokov
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    Depuis plusieurs semaines, les candidats indépendants à la Douma de Moscou, forts du soutien de milliers Moscovites, contestent l’annulation de leurs dossiers par le Comité électoral. Les manifestations «pour la transparence des élections» sont organisées en même temps que des recours officiels. Analyse.

    L’enregistrement de Serguei Mitrokhin, membre du parti démocratique russe unifié Iabloko, en tant que candidat à la Douma de la ville de Moscou, est un des succès de la bataille qui oppose les candidats indépendants aux autorités de la Mairie de la Capitale. Après plusieurs manifestations sur le terrain, dont certaines réprimées par les forces de l’ordre, le bras de fer se poursuit sur le terrain judiciaire. Le temps presse pour les candidats indépendants alors que les élections sont prévues pour le 8 Septembre prochain. Certains tentent de comparer ces manifestations à celles des gilets jaunes français. Est-ce une comparaison légitime ?

    Quelles sont les raisons de cette grogne des Moscovites ?

    Le système de la gouvernance de Moscou, une métropole surdimensionnée avec ses 12 millions d’habitants est complexe. Cette ville «fédérale» est gouvernée au niveau exécutif - par la Mairie - et au niveau législatif – par la Douma de Moscou, avec ses 45 députés. Au plus près de la population se trouvent également les préfectures de 11 districts et 125 mairies des quartiers.

    Chaque échelon de pouvoir de ce mille-feuilles moscovite est apprécié de manière différente par les Moscovites.

    Par exemple, d’après les statistiques du Levada-Centre, une organisation non gouvernementale russe indépendante de recherches sociologiques et de sondages, le maire actuel Serguei Sobianine de Moscou a été crédité en avril 2019 de 57 % d’opinion favorables «positives et très positives». Néanmoins, l’activité des députés de la Douma de Moscou n’a pas été appréciée au même niveau : seuls 14% des personnes interrogées se déclarent satisfaites. Un chiffre en baisse de six points depuis octobre 2018. Ce chiffre reflète non seulement l’impopularité de l’organe législatif de la capitale, mais aussi le manque de compréhension de son rôle.

    Le système électoral municipal de Moscou

    Dans ce système d’organisation du pouvoir il faut obtenir la signature de 5.000 administrés de la ville de Moscou pour pouvoir se présenter aux élections. Une fois que les signatures sont réunies, elles sont remises à la Commission électorale municipale qui vérifie lieur «validité» ou «authenticité», avec une marge d’erreurs tolérée de 10% du nombre total des signatures.

    233 candidats ont été enregistrés cette année, dont 171 candidats issus de différents partis politiques et 62 candidats indépendants. La Commission a refusé d’inscrire 57 candidats, dont 39 indépendants ou candidats de l’opposition. Pour tous les candidats refusés, la commission électorale a découvert des «âmes mortes», en référence au grand classique de Gogol. Certains candidats ont fait sous-traiter la collecte à des sociétés qui, sans se déplacer auprès des citoyens, se sont contentés de prendre les bases de données anciennes. Ou, au contraire, certaines signatures ont étés invalidées, alors qu’il s’agissait de candidatures émanant d’«âmes bien vivantes».

    Les Moscovites sont descendus dans la rue à plusieurs reprises, pour réclamer plus de transparence pour ces élections. Plusieurs procédures, pénales et administratives, ont été ouvertes à l’encontre des leadeurs de l’opposition «pour entrave au travail des commissions électorales».

    L’absentéisme guette les élections municipales

    D’après l’étude d’un autre centre d’études statistiques, VTsiOM, réalisée au début de la campagne électorale au mois de juin dernier, l’intention de participer aux prochaines élections à la Douma de Moscou est très faible : 89% des personnes interrogées ont déclaré ne pas être intéressées par le sujet.

    «Les candidats de l’opposition ont ʺprovoqué une crise politiqueʺ, plutôt que reconnaitre le peu d’influence qu’ils exercent sur la population», affirment certains experts. Mais le Kremlin n’y voit pas de «crise politique» même si les revendications de «transparence» pour les élections ont été largement suivies au cours de différentes manifestations. Notamment, celle autorisée le 10 août dernier qui a rassemblé 20.000 personnes, selon la police et 50 000 selon le décompte de l’ONG «Bely Schetchik».

    Les candidats qui n’ont pas été acceptés, ont déposé des réclamations auprès de la Commission électorale centrale. Le couperet est tombé récemment : lors de ses réunions des 2, 7, 9 et 13 août, la Commission a refusé de donner une suite favorable aux plaintes des candidats indépendants: Konstantin Lisitsa, Alexander Rudenko, Dmitri Goudkov, Lioubov Sobol, Guennadi Goudkov et Alexandre Solovyov. Le comité électoral de Moscou a donc maintenu l’annulation de leurs candidatures pour vice de procédure.

    Y a-t-il des signes d’«émeute» ou non ?

    Parallèlement, le Comité d’enquête de la Fédération de Russie a ouvert une enquête pénale liée aux événements du 27 juillet 2019 pour «Émeutes» au sens de l’article 212 du Code pénal.

    Mardi, le Conseil des droits de l'Homme (CDH) auprès du Président de la Russie a analysé des informations sur les événements du 27 juillet au centre de Moscou et n'a trouvé aucun signe d' «émeutes».

    «En se basant sur l'analyse des informations obtenues lors de l'observation personnelle et du suivi des sources d'informations, les membres du Conseil n'ont pas relevé d'éléments de preuve indiquant que la manifestation non autorisée du 27 juillet 2019 dans les rues du centre de Moscou, s'était accompagnée d'un recours massif à la violence par les participants à cette action publique», lit-on dans un message publié sur le site officiel du CDH.

    D’après les informations du ministère de l’Intérieur de Russie, seuls 12 Moscovites [sur 1074 personnes arrêtés, d’après le ministère de l’intérieur, ndlr] et deux soldats de la Garde nationale ont bénéficié d'une assistance médicale, et la police n'a pas précisé si ces personnes ont été blessées par les participants à la manifestation. Il faut noter néanmoins, que d’après une ONG OVD-info, 1373 personnes ont étés arrêtes lors de cette action «non-autorisée» dont 25 ont subi des traumatismes. «Les membres du Conseil, lit-on dans le rapport, n'ont pas trouvé «de traces de pogroms, d'incendies volontaires, de destructions de biens, d'utilisation par des participants à cet événement public d'armes, d'engins explosifs, de substances explosives, toxiques ou autres».

    Le tribunal municipal de Moscou a finalement accepté un seul des recours, celui de Serguei Mitrokhin, membre du parti du parti démocratique russe unifié Iabloko, en tant que candidat à la Douma de la ville de Moscou. Après une troisième analyse approfondie des listes de signatures recueillies, les cas litigieux ont été interprétés comme favorables pour le candidat, ce qui fait que Serguei Mitrokhin a été enregistré en tant que candidat.

    Tags:
    élections, manifestation, Moscou
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