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En France, qui aujourd’hui bénéficie des conditions parmi les plus favorables pour le dépistage du Covid en Europe, l’avis sur la fin des tests gratuits divise la société aussi bien que les spécialistes. Quels sont les pour et les contre de cette mesure dont l’entrée en vigueur est prévue à la mi-octobre? Sputnik fait le point.

Pour l’instant en France, les tests Covid – l’un des trois dispositifs permettant d’obtenir le pass sanitaire, désormais nécessaire pour accéder à la grande majorité des activités de la vie quotidienne – sont pris en charge à 100% par l'Assurance maladie. Le dépistage est donc gratuit pour chaque assuré, qu’il présente ou pas de symptômes de la maladie. La donne va pourtant changer dès la mi-octobre, lorsque tous les tests hors prescription médicale deviendront payants. Pourquoi une telle mesure ne fait-elle pas l’unanimité?

Avec l’annonce de la généralisation du pass sanitaire le 12 juillet, Emmanuel Macron a également esquissé le lancement du dépistage payant en expliquant qu’il servira à «encourager la vaccination plutôt que la multiplication des tests». Dans ce sens en effet l’incitation à la vaccination semble être le principal motif du gouvernement qui vise 50 millions de primovaccinés à la fin août.

La logique derrière est compréhensible: se faire piquer paraît plus pratique que de débourser environ 50 euros toutes les 72 heures afin de pouvoir mener une vie sociale active. Bien que pas la moindre, l’encouragement à la vaccination n’est tout de même pas la seule raison qui pousse les autorités à rendre payant le test de dépistage du Covid-19.

«Un milliard d’euros» par mois

Le dépistage gratuit a un coût non négligeable pour le budget de l’État. Ainsi, les tests payants dits «de confort», donc ceux effectués sans prescription médicale, sont censés réduire les dépenses de l’État déjà suffisamment gonflées par la pandémie. Vu que la part des tests antigéniques (25 euros) et des tests PCR (50 euros) dans le mix français fluctue sans cesse, il est assez difficile de calculer combien exactement le dépistage Covid coûte à l’État. Des estimations des spécialistes donnent néanmoins un ordre de grandeur d’une somme impressionnante.

Ainsi, Thomas Fatôme, le directeur de la Caisse nationale de l’assurance maladie (CNAM), interrogé début juin par Radio Classique, a évoqué quelque «120 millions d'euros» dépensés par l’État par semaine.

«Les Français ont pris l'habitude de se tester, de se tester beaucoup […]. On est à peu près […] à 100, 120 millions d'euros par semaine», a-t-il précisé. Près de 500 millions par mois en juin, donc.

D’après le médecin généraliste Luc Duquesnel, président de la branche «généralistes» de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), interviewé début août par Franceinfo, le total mensuel déboursé par l’État est deux fois supérieur à l’estimation de M.Fatôme.

«La Sécurité sociale ne peut pas continuer à dépenser un milliard d'euros tous les mois pour faire des tests à des gens qui refusent le vaccin», a-t-il notamment déclaré.

Les économies que les tests payants peuvent procurer au budget étatique sont donc incontestables.

Vers un afflux de contaminations non recensées?

Pourtant, sur le plan du suivi de l’évolution épidémiologique, les tests gratuits risquent d’avoir des effets négatifs. Plus concrètement, les cas asymptomatiques, qui aujourd’hui peuvent être découverts, et donc isolés, car ils bénéficient de la possibilité de se tester par prudence, ne pourront plus l’être.

«On va perdre certaines personnes qui n'avaient pas de symptômes et n'étaient pas identifiées comme cas contacts, mais qui se faisaient tester par prudence, parce qu'elles savaient qu'elles pouvaient avoir été exposées», explique l'épidémiologiste Renaud Piarroux à Franceinfo.

Vaccination et test: l’un n’empêche pas l’autre?

Qui plus est, bien que leur efficacité ait été prouvée, aucun vaccin contre le Covid-19 ne garantit une protection totale. La performance des préparations médicales, aujourd’hui disponibles en France, varie de 94,1% en cas du produit fabriqué par Moderna à 66% pour celui de Johnson & Johnson. Comme ces résultats ont été obtenus lors des essais cliniques effectués contre la version initiale du coronavirus, leur efficacité face à différents variants, y compris le Delta, peut en réalité s’avérer moindre.

Alors, statistiquement, certaines personnes vaccinées peuvent elles aussi tomber malades et, donc, en infecter d’autres. Ainsi, la vaccination elle-même «n'élimine pas totalement l'intérêt des tests», relate Franceinfo poursuivant l’argumentaire de M.Piarroux.

Dépistage en France: les conditions parmi les plus favorables en Europe?

Depuis le début de la pandémie, la France peut se targuer d’avoir mis en place un système de dépistage du Covid-19 avec des conditions très favorables pour ses citoyens. En effet, alors que les modalités de dépistage Covid sont différentes à travers l’Europe, la position de l’Hexagone où chacun est autorisé à faire un nombre illimité de tests gratuits est singulière. La France est même allée jusqu’à proposer, en mai, des tests gratuits aux touristes étrangers. Début juillet, elle a pourtant dû y renoncer.

Ainsi, à Rome, où les conditions de dépistage sont d’ailleurs déterminées à l’échelle régionale, les tests PCR ne sont gratuits que pour les personnes après une quarantaine, pour les cas contacts, les personnes présentant des symptômes ainsi que les patients programmés dans les hôpitaux, précise le site du ministre de la Santé de la région du Latium. Pour se faire tester dans d’autres cas de figure, par exemple afin de se rendre à l’étranger, il faut payer.

La situation est à peu près pareille en Belgique où un test PCR gratuit n’est possible qu’en cas de symptômes ou de contact avec une personne positive. Certes, à partir du 28 juin, certains Belges ont le droit à deux tests PCR gratuits pour voyager, précise le site info-coronavirus.be. Mais la principale condition pour en bénéficier est de ne pas «encore avoir été invité à se faire vacciner».

Contrairement à la France, en Allemagne le nombre possible de tests gratuits à faire par semaine peut être limité à seulement un, informe le site du gouvernement fédéral. D’ailleurs, son voisin outre-Rhin va lui aussi bientôt renoncer à la gratuité des tests et ce à peu près au même moment que la France, à compter du 11 octobre.

Prix moyen pour un test PCR dans certaines capitales européennes
© Sputnik
Prix moyen pour un test PCR dans certaines capitales européennes

Il est d’ailleurs à préciser que même avec la fin des tests Covid gratuits pour tous, les conditions de dépistage restent plus favorables en France comparées à ses voisins européens, avec notamment un prix pour un test PCR moins élevé.

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