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Le FMI craint une explosion sociale après la crise. Deux études publiées par l’institution internationale signalent la possibilité d’une montée des tensions sur le long terme, une fois la crise sanitaire passée. Des hypothèse corroborées en France par certains épisodes historiques similaires et une indéniable fragilité sociale.

Anticiper l’avenir à la lumière du passé. C’est l’exercice auquel le FMI vient de se livrer. Et le résultat n’a rien de rassurant!

Paru le 3 mars sur le blog de l’organisation basée à Washington, un article intitulé «Les répercussions sociales des pandémies» signé par trois chercheurs alerte du risque de conflits liés à la fracture sociale. Laquelle est devenue un fossé durant la crise sanitaire. Et en envisageant le pire, il se pourrait bien que l’épidémie ne soit que l’élément déclencheur d’un phénomène plus catastrophique encore…

S’appuyant sur deux précédentes études du Fonds, cette tribune rappelle ainsi les points communs troublants de plusieurs soulèvements populaires survenus dans le passé. En particulier au cours de l’histoire de France. On retrouve dans le contexte actuel des éléments déclencheurs de ces révoltes.

«Avec le temps, le risque d'émeutes et de manifestations antigouvernementales augmente. En outre, l'étude met en évidence un risque accru de crise gouvernementale majeure –un événement qui menace de faire tomber le gouvernement et qui survient généralement dans les deux années suivant une grave épidémie», rappellent Sophia Chen, Nan Li et Philip Barrett

Une révolte populaire est d’ailleurs déjà redoutée par le gouvernement depuis plusieurs semaines après les récentes émeutes qui ont frappé les Pays-Bas ou le Liban. Ce serait, sans doute, une des raisons qui le dissuadent d’infliger un troisième confinement général.

Vers un éternel retour de l’histoire?

Pourtant, si l’on en croit les rapports du FMI remis sur la table cette semaine, c’est plutôt l’après-Covid qui risque de dégénérer. En cause, les conséquences économiques et sociales liées au bond de la dette publique et au taux de chômage record. Pour prendre l’exemple de la France, le taux de chômage a augmenté sur l’année de 8 % pour la seule catégorie A (recherche active), celui des moins de 25 de presque 9%, avec une hausse spectaculaire chez les jeunes à Paris: +31,8 %.

En France, Le Canard enchaîné relatait à ce propos, le 24 février, une prédiction de la secrétaire d’État Marlène Schiappa qui, selon l’hebdo satirique, aurait confié à certains ministres sa crainte que l’après-Covid puisse «tourner au cataclysme. La faute aux gens qui vont se lâcher.» Elle aurait, en outre, pronostiqué des «violences en tout genre», des «débordements permanents» ou encore une «prolifération des affrontements». Des propos qu’elle a ensuite publiquement démentis, mais qui n’ont rien d’irréaliste au vu des mises en garde du FMI.

Depuis  juillet 2020, un indicateur créé par le FMI permet de mesurer le niveau des perturbations internes d’un pays en se fondant sur la couverture médiatique des troubles sociaux.

Repris dans l’étude menée en février par Philip Barret et Sophia Chen –signataires du billet d’alerte du 3 mars–, cet indice a alors été croisé avec les épisodes d’épidémies connus dans 130 pays. Le résultat est sans appel: la corrélation entre les tensions et les désordres sociaux est établie. Ces résultats confirment même ceux d’une précédente étude.

S’appuyant sur des exemples historiques, les experts concluent même que «les pandémies conduisent à des risques significativement plus élevés de désordres sociaux après quatorze mois», de même que, au cœur de la crise sanitaire, un effet inverse s’observe en général, à savoir un renforcement de «la cohésion sociale et [de] la solidarité».

En France comme ailleurs, l’histoire permet de vérifier ces angoissantes conjectures. Deux études du FMI sur le sujet évoquent des précédents frappants. Ainsi l’épidémie de choléra qui a endeuillé l’Europe dès 1832, a tué 100.000 personnes en France et occasionné des manifestations d’ampleur.

«La progression de la maladie avive les tensions de classes, les riches reprochant aux pauvres de propager la maladie et les pauvres pensant qu’on les empoisonne. Bientôt, l’animosité et la colère se portent sur la figure du roi, déjà impopulaire.»

Et de citer, même, Les Misérables de Victor Hugo qui ont immortalisé ces soulèvements.

Des réponses sociales

«À la lumière du passé, les troubles peuvent réapparaître à mesure que la pandémie s’atténue», expliquent également nos trois chercheurs. Ils mettent en avant un élément fondamental: «Une épidémie peut révéler ou aggraver des lignes de faille préexistantes dans la société.»

Et la France est évidemment concernée de près, elle qui a traversé une crise sociale au long cours, celle des Gilets jaunes, et un conflit social interminable lié à la réforme des retraites avant d’entrer de plain-pied dans la pandémie de Covid-19.

Le FMI va même jusqu’à mettre en garde certains dirigeants.

«Nos résultats impliquent un risque élevé de désordres sociaux après le Covid-19, sauf si des politiques courageuses et rapides sont mises en place pour protéger les plus vulnérables dans la société», avertit sans détour la première étude du FMI, parue en décembre.

À ce sujet, le site Mediapart estime que dans ses dernières recommandations publiées en janvier, le fonds visait explicitement la France. «La dette en France est élevée et nous pensons que le moment est venu d’élaborer et d’approuver un plan d’assainissement budgétaire crédible à moyen terme», pouvait-on lire dans le rapport annuel du FMI.

Des préconisations que le gouvernement semble avoir prises au sérieux. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, vient d’annoncer sa volonté de stabiliser les dépenses et de limiter la dette. Un premier pas vers l’apaisement des conflits?

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Tags:
Emmanuel Macron, pandémie, chômage, crise économique, Covid-19, Fonds monétaire international (FMI)
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