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Suite aux frappes iraniennes en Irak, Donald Trump a prononcé ce 8 janvier un discours relativement apaisant, annonçant de nouvelles sanctions contre Téhéran. Est-ce la fin de l’escalade? Ces tensions ont-elles eu un impact sur les prix du pétrole? Sputnik a interrogé Francis Perrin, spécialiste des hydrocarbures à l’IRIS.

Alors que certains prévoyaient le déclenchement d’un conflit ouvert entre l’Iran et les États-Unis dans la journée du 8 janvier, Donald Trump n’a répondu aux frappes de missiles iraniens que par l’augmentation de la «pression maximale» de sanctions économiques contre Téhéran. Pour venger la mort du général Soleimani tué par un drone américain, la République islamique a décidé de mesures très ciblées contre des bases en Irak abritant des soldats américains. Aucune victime n’a pourtant été à déplorer. Ainsi, dans une déclaration retransmise à la télévision, le Président américain a indiqué que Washington n’utiliserait pas ses armes contre l’Iran et préférait mettre en place de nouvelles «sanctions puissantes».

L’escalade des tensions de ces derniers jours et de ces derniers mois dans les relations irano-américaines semble retomber un peu. Alors que la relation entre la stabilité au Moyen-Orient et la stabilité des prix du pétrole n’est plus à démontrer, peut-on noter des fluctuations engendrées par ces tensions sur les marchés pétroliers? Francis Perrin, spécialiste des hydrocarbures à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques), a répondu à nos questions. Il a remarqué ainsi deux flambées des prix, la première après la mort de Qassem Soleimani, puis la seconde après la riposte iranienne. Des cours qui ont sensiblement baissé depuis. Le chercheur remarque également que l’Iran ne semble pas en avoir terminé avec sa vengeance.

Sputnik France: Les prix du pétrole ont-ils été influencés par les tensions irano-américaines de ces derniers jours et de ces derniers mois?

Francis Perrin: «Ces derniers jours, on est monté encore de plusieurs degrés. Il y a eu un impact important, mais bref. C’est surtout le 3 janvier, juste après l’annonce de la mort de Qassem Soleimani. Dans la journée de vendredi, le prix du Brent à Londres a augmenté d’environ 3,5%, ce qui pour une journée, n’est pas mal. Lundi, ça a augmenté un petit peu, mais cela était surtout concentré sur vendredi lorsque les marchés ont appris –comme le monde entier– ce qu’il venait de se passer en Irak. Peu après, ça s’est calmé.

Puis hier, après l’annonce de la riposte iranienne contre deux bases militaires en Irak, le prix du pétrole a là aussi augmenté fortement et rapidement, puis a baissé dans la journée lorsque les marchés ont eu l’information sur l’ampleur très faible des dommages en dépit des revendications iraniennes de 80 morts, etc. On sait en fait qu’il n’y a pas eu de morts.

Puis le discours de Trump à la nation américaine disant “ils ont frappé, mais ils n’ont pas fait grand-chose, seulement des dommages mineurs, pas de pertes américaines ni de morts ni de blessés. Nous allons donc continuer sur la voie des sanctions économiques que nous allons encore renforcer.” Donc hier, sur les marchés pétroliers, les traders ont dit “ouf”. Le risque d’une montée en puissance des cycles action/réaction, frappes/représailles, qui est évidemment le scénario le pire dans ce contexte, est éloigné. Trump ne va pas riposter militairement.

On revient au “business as usual” des sanctions économiques, mais qui seront encore durcies, alors qu’elles sont déjà très dures. Mais il n’y aura pas de menaces sur les installations pétrolières et sur les tankers et donc les prix du pétrole ont baissé. Finalement, deux flambées brèves des prix vendredi et hier, et ensuite une baisse. Si on prend toujours le Brent de la mer du Nord à Londres, on est revenu au niveau d’avant cette flambée de tensions de ces derniers jours.»

Sputnik France: Quelles conséquences sur les prix du pétrole auraient pu avoir le pire scénario, c’est-à-dire, le déclenchement d’une guerre ouverte entre l’Iran et les États-Unis?

Francis Perrin: «Cela aurait pu avoir un impact considérable sur les prix et sur les marchés. C’est toujours difficile de faire des comparaisons, parce que chaque situation est différente. Il y a dans cette région depuis des dizaines d’années, les chocs pétroliers, les guerres du Golfe, la première entre l’Iran et l’Irak en 1980-1988, l’invasion du Koweït par l’Irak et l’opération Tempête du Désert en 1990-1991, etc. Sans aucun doute, l’impact sur les prix et sur les marchés aurait été fort pour plusieurs raisons.

La première raison, nous parlons de pétrole, l’énergie la plus consommée dans le monde et dont personne ne peut se passer. On peut se passer de toutes les autres sources d’énergie, mais pas du pétrole. Avec le pétrole fonctionnent les transports routiers, les transports aériens et les transports maritimes. Il n’y a pas d’économie sans transports des personnes et des marchandises. Quand on parle de cette région-là, on parle forcément de pétrole, de risques potentiels pour des actifs pétroliers, des installations pétrolières et énergétiques.

La deuxième raison, parce que le Moyen-Orient représente près de la moitié des réserves pétrolières prouvées dans le monde. Quand il y a des tensions très fortes au Moyen-Orient, l’impact sur les prix du pétrole est beaucoup plus direct et rapide que si on avait des problèmes géopolitiques au Pôle Nord ou au Pôle Sud.

La troisième raison, il y avait le spectre d’un affrontement États-Unis–Iran. L’Iran a quand même pas mal de moyens de créer des problèmes au Moyen-Orient, directement par ses propres forces, indirectement à travers les liens étroits qu’il entretient avec des forces, des milices en Irak, au Liban ou en Syrie.

Donc un affrontement États-Unis-Iran n’aurait évidemment pas qu’un impact seulement sur ces deux pays. Ça aurait un impact sur l’ensemble du Moyen-Orient, une éponge à pétrole et à gaz naturel, et donc un impact sur le monde entier.»

Sputnik France: Mais il faut toutefois rappeler que l’Iran ne parvient plus à vendre qu’une infime partie de son pétrole et les États-Unis sont en situation d’autosuffisance énergétique. 

Francis Perrin: «Vous avez raison sur ces deux points, sauf qu’un affrontement Iran–États-Unis n’aurait pas d’impact que sur ces deux pays. Après ce qui s’est passé hier, les Iraniens ont frappé, donc ils disent “on s’est vengé et en plus, on a fait plein de dégâts”. Ce qui n’est pas vrai, mais ils vont essayer de faire semblant d’y croire. Est-ce que c’est la fin de la vengeance iranienne? Le Guide Ali Khamenei a dit avoir infligé une gifle au visage des Américains, mais ça ne suffit pas. Son ministre des Affaires étrangères a dit “nous avons répliqué, nous sommes conformes au droit international, nous avons été attaqués, nous répliquons” sous-entendu, maintenant ça suffit. Mais le Guide a dit que ça ne suffisait pas. Donc la question majeure est de savoir si la vengeance iranienne va se limiter à cette frappe très limitée d’hier, qui n’a tué personne. Hier, l’Iran a signé sa riposte. Les missiles sont partis d’Iran. Mais est-ce que dans les jours qui viennent, des groupes très proches de l’Iran dans différents pays du Moyen-Orient ne vont pas chercher à frapper des intérêts américains?»

Sputnik France: Les tensions semblent paradoxalement s’être évanouies dans la région du détroit d’Ormuz, si stratégique. Comment l’expliquer? 

Francis Perrin: «Les tensions dans le Golfe et dans le Détroit d’Ormuz se sont déroulées entre les mois de mai et octobre 2019, notamment des sabotages contre des tankers et des arraisonnements de tankers. Après octobre, ça s’est calmé. Compte tenu de ce qui s’est passé entre l’Iran et les États-Unis, est-ce que ça va reprendre? Personne n’a de réponse sûre. Sur les marchés pétroliers, les traders ont écarté cette hypothèse après les deux épisodes d’hier. On se dit qu’on est tranquille pour l’instant.

Dans les milieux pétroliers, les compagnies et les pays producteurs dans la région du Golfe et du Moyen-Orient, on n’est pas aussi tranquille. On va garder un niveau de sécurité très élevé pendant un certain temps. Actuellement, le détroit d’Ormuz est calme depuis le mois d’octobre. L’Iran avait reconnu les arraisonnements de tankers, mais il a farouchement nié tout sabotage de tankers ainsi que les attaques contre les installations pétrolières en Arabie saoudite au printemps et à l’été 2019. Ça, l’Iran a nié avec la dernière énergie, même s’il est très probable que l’Iran soit derrière, directement ou indirectement. L’Iran va-t-il reprendre ce type de désordre dans la région du Golfe? C’est une question qui coûte très cher en termes de dollars. Par le détroit d’Ormuz, passent chaque jour environ 20 millions de barils de pétrole, sachant que la production mondiale de pétrole est de 100 millions de barils par jour.»    

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Mohammad Javad Zarif, Hassan Rohani, ayatollah Ali Khamenei, Donald Trump
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