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Le déconfinement en France (60)
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Des manifestations de policiers en colère ont eu lieu à travers la France les 16 et 17 juin. Certains se disent lâchés par les autorités. Les policiers rejettent également les accusations de racisme. Michel Thooris, secrétaire générale de France Police –Policiers en colère, appelle à poursuivre les actions. Il s’est confié à Sputnik France.

Les policiers ne décolèrent pas. Une semaine après les annonces de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, qui souhaite l’interdiction de l’utilisation de la technique d’intervention dite de la «clé d’étranglement», ainsi qu’une «tolérance zéro» envers les policiers racistes, des centaines d’agents se sont rassemblées le 17 juin devant la Préfecture de Police de Paris. Ces derniers se sont réunis à l’appel des syndicats Alliance et Unité SGP. Ils ont symboliquement jeté leurs menottes et brassards au sol afin de montrer leur colère.

​Le 16 juin, ils avaient manifesté à travers le pays. Bobigny, Saint-Denis, Mulhouse ou encore Perpignan, les gardiens de la paix ont crié leur frustration face à un gouvernement qu’ils accusent de les avoir abandonnés.

«Grève du zèle»

«Les accusations de racisme nous touchent dans notre chair. La police ici, elle est black-blanc-beur, elle est multicolore», a notamment lancé à l’AFP Stéphane Finance, du syndicat majoritaire Alliance.

«Nous appelons à la poursuite des actions tout en respectant le cadre légal, qui est contraignant pour les policiers nationaux. Mes collègues ne disposent ni du droit de grève ni du droit de retrait», explique au micro de Sputnik Michel Thooris, secrétaire générale du syndicat France Police –Policiers en colère, avant de poursuivre:

«En revanche, il est toujours possible de mettre en œuvre une série d’actions symboliques comme des dépôts de menottes. La grève du zèle est également une possibilité: que les policiers ne forcent pas leur talent et ne rentrent pas dans le jeu de la politique du chiffre.»

Le 16 juin à Bobigny, en Seine–Saint-Denis, une centaine d’agents de police se sont retrouvés devant le tribunal à 13h00. Ils ont observé une minute de silence pour rendre hommage à leurs collègues «blessés et morts en service». Ils ont ensuite chanté La Marseillaise en cœur avant d’allumer gyrophares et sirènes.

À peu près au même moment, une manifestation de policiers avait lieu à Mulhouse, dans le Haut-Rhin. Les gardiens de la paix se sont réunis devant le commissariat de la ville afin de jeter symboliquement leurs menottes. Ils ont par la suite allumé des fumigènes et, eux aussi, entonné l’hymne national.

​Des rassemblements ont aussi eu lieu à Reims, à Strasbourg et à Saint-Denis. Lors de ce dernier, environ 200 policiers se sont rassemblés à partir de 23h30 devant les grilles du Stade de France.

«Après Paris et la Défense, ce soir, on est au Stade de France pour montrer qu’on a du cœur et qu’on aime notre République. On continuera tant que le Président n’aura pas entendu notre appel à nous recevoir», a lancé Stéphane Finance, du syndicat Alliance, avant d’ajouter à propos de ses collègues: «Ce sont des policiers qui travaillent sur la voie publique et viennent de toute l’Île-de-France. Des gens qui sont dehors, quel que soit le temps, même le jour de Noël.»

«Il est essentiel de maintenir la pression au niveau de l’opinion publique, comme le font aujourd’hui certaines associations anti-police. Sous couvert de dénonciation du racisme, elles œuvrent à la division de la nation et montent les communautés les unes contre les autres. Leur but final est de faire reculer la Police nationale dans les quartiers», dénonce Michel Thooris. Et de poursuivre:

«La situation à Dijon est révélatrice. Les collègues du commissariat local ne sont pas intervenus. Le contexte actuel a probablement pesé dans la décision de ne pas interpeller tout de suite les leaders de ces affrontements intercommunautaires.»

Selon Alliance, toujours le 16 juin, «180 collègues ont déposé en début d’après-midi les menottes devant le tribunal de Perpignan en signe de ras-le-bol. Un malaise dans la police accentué par notre ministre.»

​«Notre ministre a annoncé la suppression de la clé d’étranglement, qui aboutira sans aucun doute possible à de nombreux blessés supplémentaires dans nos rangs et à la suspension de policiers en cas de “soupçon avéré” de racisme, faisant de nous tous des sous-citoyens ne bénéficiant d’aucune présomption d’innocence!» a tempêté Michel Corriaux, délégué syndical d’Alliance, cité par l’AFP. Et de poursuivre:

«Ce discours a laissé place à la consternation au sein de notre institution! Après ces quelques mots, les forces de l’ordre se sont senties lâchées, abandonnées et je le dis avec force aujourd’hui: déshonorées sur l’autel politique! Pourtant qui était là pour faire face à Mohamed Merah? Aux frères Kouachi? Qui était présent au Bataclan et tant d’autres endroits? Et qui sera toujours là pour faire face au terrorisme? C’est la police!»

La récente information révélée par Valeurs actuelles risque de faire réagir au sein de la police: «Pour apaiser les tensions après les manifestations en mémoire de George Floyd et Adama Traoré, le ministre de l’Intérieur a suggéré que des policiers et gendarmes mettent un genou à terre à l’occasion d’une cérémonie dans la cour de l’hôtel Beauvau. Une proposition a fait bondir au sein même du ministère de l’Intérieur et à l’Élysée.»

​«Nous aurions été en totale opposition à une telle décision. Ceci étant dit, chaque policier possède sa volonté propre et libre à ceux qui souhaitent poser un genou à terre de le faire», affirme Michel Thooris. Et de développer:

«Je considère personnellement cela non comme un hommage à George Floyd, mais comme une marque de soumission aux associations soi-disant antiracistes, dont certains membres traient nos collègues de couleurs de “traitres” et de “vendus”.
Sans parler du fait qu’on l’entend des insultes à caractère antisémite dans les manifestations qu’elles organisent. Ces associations sont séditieuses, anti-républicaines et ont pour but de fracturer la société française afin d’arriver à une partition de la République.»

Le 14 juin, lors de son allocution à la nation, Emmanuel Macron a apporté son soutien à la police, très critiquée depuis la mort de George Floyd, Afro-Américain décédé lors de son interpellation par la police à Minneapolis, le 25 mai.

«Sans ordre républicain, il n’y a ni sécurité, ni liberté», a martelé le Président de la République, pour qui «cet ordre, ce sont les policiers et gendarmes sur notre sol qui l’assurent». «Ils sont exposés à des risques quotidiens en notre nom», a-t-il ajouté.

Des propos appréciés par une partie des policiers, comme Philippe Lavenu, secrétaire régional Occitanie pour le syndicat Alliance: «Le Président a remis l’église au milieu du village en assurant de son soutien les forces de sécurité. Mais maintenant, il faut qu’il nous reçoive.»

En revanche, Michel Thooris n’a pas été séduit par l’intervention du locataire de l’Élysée: «Aujourd’hui, la très grande majorité des responsables politiques ne vous diraient pas qu’il faut dissoudre la police nationale. Aucun d’entre eux ne tirerait à boulets rouges sur la police», développe-t-il, avant de poursuivre:

«Vous avez un discours de façade qui consiste à expliquer que les missions de la police nationale sont des missions d’intérêt général. Mais derrière cela, il n’y a pas de décisions claires prises afin que la profession de policier retrouve son image, ne soit pas traînée dans la boue et jouisse des outils juridiques, matériels et humains nécessaires à la réalisation des missions.»

Pour le secrétaire général de France Police –Policiers en colère, «les problèmes de la police nationale vont aujourd’hui très au-delà des techniques d’intervention».

«À France Police –Policiers en colère, notre combat ne porte pas simplement sur la possibilité de recourir à la clé d’étranglement», ajoute-t-il.

Les autorités ont d’ailleurs lâché un peu de lest sur le sujet. Le 15 juin, le directeur général de la police nationale (DGPN) a précisé que la technique de la «clé d’étranglement» «continuera d’être mise en œuvre», et ce jusqu’à ce qu’un nouveau mode d’interpellation soit défini. Cela devrait être le cas à la rentrée de septembre.

Des médias anti-police?

Pour Michel Thooris, une réforme de la légitime défense est bien plus importante:

«Régulièrement, des individus foncent sur des policiers avec l’intention de les blesser, voire de les tuer. Dans une telle situation, les agents ne peuvent toujours pas faire clairement usage du feu. La loi est trop vague et les risques juridiques sont trop grands. Souvent, les collègues ne peuvent pas réagir et sont blessés. Quant au fuyard, il peut parfois prendre la fuite sans problème, étant donné que l’on interdit les courses-poursuites aux policiers. Dans quel autre pays au monde voit-on une police aussi faible?»

«En France, aujourd’hui, on retire à la police les moyens d’agir au nom de la protection de l’intégrité physique des délinquants et criminels. Car les autorités savent que si un individu est blessé dans le cadre d’une intervention policière, elles se retrouveront avec une nouvelle affaire Adama Traoré. Or, si l’on regarde les dernières décennies, les affaires de bavures policières sont rares. C’est à la justice de juger», poursuit-il.

Le policier assure que ses collègues sont «lynchés par des médias à la solde du CAC 40». Des mots forts qu’il justifie:

«C’est une réalité. Prenons l’exemple de l’affaire Traoré. Elle a été montée de toutes pièces par les médias, comme l’affaire Théo Luhaka l’avait été à l’époque. Une soi-disant victime de bavure policière qui a reçu la visite du Président François Hollande quand il était à l’hôpital. Le lobby médiatique en France est extrêmement tenu et il n’y a qu’un seul discours qui a ses faveurs. BFM TV ostracise France Police –Policiers en colère, alors que la chaîne cite parfois des syndicats qui ont fait moins de voix que nous aux élections professionnelles. Des gens comme Philippe de Villiers ou Éric Zemmour sont régulièrement victimes de censure. Pour les médias dominants, les policiers sont les boucs émissaires idéaux.» Et de conclure:

«En ce qui concerne le CAC40, j’affirme qu’il tire parti de la situation actuelle. Il faut garder à l’esprit qu’une grosse partie des sommes générées par le trafic de drogue profite à l’économie française en étant réinvestie directement dans celle-ci, notamment par la consommation. Beaucoup d’entreprises n’ont pas intérêt à lutter contre le trafic de drogue ou les tensions communautaristes en France.»
Dossier:
Le déconfinement en France (60)

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racisme, France, police, Covid-19
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