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Dans un entretien accordé à Sputnik, un expert algérien en études stratégiques et politiques de défense explique les raisons du retard dans le rapatriement des Algériens bloqués à Istanbul en raison du coronavirus. Il précise que la vérification formelle de leur identité est «une question de sécurité nationale».

Le ministère algérien des Affaires étrangères a répondu aux accusations de négligence concernant les ressortissants bloqués à l’aéroport d’Istanbul à cause du nouveau coronavirus, précisant que le problème qui retardait leur rapatriement concernait «la confirmation de l’identification d’un grand nombre d’entre eux», indique un communiqué publié jeudi 26 mars relayé par la presse locale.

Niant toute négligence, le ministère a fait savoir qu’«un nombre grandissant chaque jour» d’Algériens en Turquie désirent rentrer au pays, ce qui «ne manque pas de susciter des interrogations, d’autant plus que la plupart d’entre eux ne présentent ni document de voyage ni passeport».

Alors que la polémique enfle, notamment sur les réseaux sociaux, en particulier après les accusations de laxisme d’un député islamiste contre le ministère des Affaires étrangères, Sputnik a interrogé le docteur Abdelkader Soufi, enseignant à l’Université de Blida et expert en études stratégiques et politiques de défense, sur cette procédure de vérification d’identité. Il affirme qu’elle relève «d’une question de sécurité nationale car, en raison de la situation instable en Libye au et Sahel, aucune erreur n’est tolérable dans le contexte de l’anarchie suscitée par la pandémie du coronavirus».

Pourquoi une vérification d’identité?

«La prudence des services consulaires algériens en Turquie est tout à fait justifiée», explique l’expert qui rappelle les épisodes des forts mouvements migratoires que beaucoup de pays ont subi et dans lesquels «des centaines de terroristes se sont infiltrés», y compris en Europe. Ce qui s’est passé après le début du conflit en Syrie est un cas d’école qui est «pris très sérieux par tous les services de renseignements du monde». La défaite notamment de Daech* au pays du Levant et sa «tentative de redéploiement dans d’autres zones de conflit n’est un secret pour personne et appelle la plus grande vigilance», souligne le spécialiste.

Ceci étant, «le cas des Algériens à Istanbul est un véritable casse-tête», affirme M.Soufi, qui précise qu’après «le rapatriement de centaines de ressortissants [à bord de quatre vols spéciaux, ndlr], un nombre croissant est soudainement apparu en Turquie».

«Ceci pose plus d'une question, même s’il y a encore, il faut le dire, des retardataires qui ne sont pas rentrés chez eux et qui se retrouvent dans une situation assez délicate», explique Abdelkader Soufi. Et de poursuivre qu’il y a «parmi eux beaucoup de sans-papiers dont il est difficile de déterminer l’identité et la provenance».

À cet effet, «il est tout à fait normal que les représentations consulaires algériennes en Turquie fassent un travail minutieux de vérification avant tout embarquement vers Alger», insiste l’expert en politiques de défense. Par ailleurs il ne croit pas «qu’il ait un seul État dans le monde qui rapatrie des inconnus chez lui sur la base d’une simple déclaration sans que des justificatifs de nationalité et des documents de voyage ne soient présentés».

«Des moyens humains et financiers colossaux»

Depuis le début de l’opération de rapatriement ordonnée par le Président Abdelmadjid Tebboune, près de 10.000 Algériens sont rentrés au pays à bord de vols spéciaux Air Algérie et de bateaux de la compagnie maritime nationale, selon les derniers chiffres fournis par le gouvernement.

«Là où de grandes nations ont failli à leurs engagements vis-à-vis de leurs ressortissants bloqués à l'étranger en les abandonnant à leurs sorts ou en leur imposant des rapatriements conditionnels, l'Algérie a déployé son arsenal aérien et maritime avec des moyens humains et financiers colossaux pour la prise en charge et le rapatriement de ses citoyens», souligne Abdelkader Soufi.

En conclusion, il rappelle que les Algériens bloqués à Istanbul ne sont pas livrés à eux-mêmes, «ils sont logés et nourris dans des cités universitaires où ils effectuent leur isolement sanitaire de 14 jours suite à un accord entre les autorités des deux pays» et rassure ces personnes «quant à leur rapatriement en Algérie» une fois leur identité établie.

Les attaques d’un député

Dans une déclaration au site Tout Sur l’Algérie (TSA), le député du parti islamiste Front de la justice et du développement (FJD) Lakhdar Benkhellaf a interpellé le ministère des Affaires étrangères sur le sort des ressortissants bloqués à Istanbul et à Kuala Lampur, en Malaisie, affirmant qu’ils «sont dans une situation catastrophique».

«Il y a une absence totale du ministère des Affaires étrangères au moment où de nombreux Algériens sont en souffrance que ce soit au niveau de l’aéroport d’Istanbul ou de Kuala Lampur», a affirmé le député, ajoutant qu’ils «ont lancé un appel aux autorités algériennes en vue de leur rapatriement».

Après avoir noté que des opérations de rapatriement d’Algériens ont eu lieu ces derniers jours, M.Benkhellaf a relevé que «malheureusement, il en reste encore un bon nombre en Turquie et en Malaisie». Selon lui, «entre 1.000 à 1.200 passagers, dont 200 disposent de billets Air Algérie» à Istanbul et «180 à Kuala Lampur».

Enfin, il a assuré que «ce sont les deux seuls cas signalés», avant de préciser qu’il est «en contact permanent avec les passagers bloqués» dans ces deux pays.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, aéroport Ataturk d'Istanbul, Istanbul, Abdelmadjid Tebboune, Abdelaziz Djerad, Algériens, Algérie
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