Votre inscription a été enregistrée avec succès!
Merci de cliquer sur le lien envoyé par courriel sur

Émeutes urbaines: «Le gouvernement n’a ni les moyens ni l’intérêt d’aller à l’affrontement», selon Me de Montbrial

© AFP 2021 OLIVIER CHASSIGNOLEUne voiture brûlée à la suite d'une nuit d'émeutes à Bron dans la métropole lyonnaise, le 6 mars 2021
Une voiture brûlée à la suite d'une nuit d'émeutes à Bron dans la métropole lyonnaise, le 6 mars 2021 - Sputnik France, 1920, 08.03.2021
S'abonner
Beauvais, La Duchère, Bron, Rillieux-la-Pape: depuis plusieurs jours, les forces de l’ordre sont confrontées à des émeutes souvent très violentes. Pour l’avocat Thibault de Montbrial, la dégradation générale de la sécurité en France nécessite une restauration urgente de l’autorité de l’État si l’on veut éviter d’arriver au «point de non-retour».
«Il faut à tout prix corriger le tir pour éviter l’affrontement», prévient Thibault de Montbrial.

L’avocat au barreau de Paris se veut lucide sur la situation sécuritaire en France. «Il est minuit moins cinq», alerte-t-il dans son essai Osons l’autorité (Éd. de l’Observatoire). Dans la métropole lyonnaise, vingt et une personnes ont été interpellées après plusieurs nuits d’émeute et d’attaques de fourgons de police brûlés par les flammes. «Il y a un bon état d’esprit qui règne, même s’il peut y avoir ici où là des éléments incontrôlables», avait relativisé au micro de BFMTV le maire (EELV) de Lyon, Grégory Doucet.

​«La lâcheté n’a jamais empêché la débâcle», lui a vertement répliqué Me de Montbrial sur Twitter.

«Il est urgent de restaurer l’autorité de l’État afin d’éviter autant que possible la vague de violences, dont il est malgré tout inéluctable qu’elle nous frappe en partie», martèle Me de Montbrial au micro de Sputnik. «Tous les acteurs régaliens de la sécurité intérieure et de l’armée sont extrêmement inquiets sur la difficulté que l’on aura pour éviter que la violence continue à augmenter.»

Si les responsabilités de cette dégradation de la sécurité en France sont «multiples», précise l’avocat, les «renoncements et les lâchetés petits et grands» des gouvernants «au cours des quarante dernières années, de droite comme de gauche» ne sont pour lui pas étrangers à cette situation.

«À force d’avoir laissé se creuser les dissensions qui fracturent notre société, la soupape est prête à exploser», écrit dans son livre le président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI).

«Toute faire pour éviter la guerre civile»

Émeutes à Sarcelles dans des manifestations pro-palestiniennes, juillet 2014 - Sputnik France, 1920, 05.03.2021
Risque de guerre civile: «La situation est bien plus grave que ce que les gens imaginent», selon Me de Montbrial
De là à agiter le spectre de la guerre civile? L’avocat n’exclut pas cette possibilité, même s’il prend soin de préciser qu’il «tout faire pour l’éviter, sans renoncer à défendre nos valeurs.» «Tous les pays qui ont connu la guerre civile ont eu beaucoup de mal à s’en relever: cela signifierait une violence épouvantable et, sur la durée, la destruction d’une partie du patrimoine culturel d’un pays», avertit-il.

Pour notre interlocuteur, cependant, «le point de non-retour n’est pas encore atteint.» Des solutions existent pour que l’État recouvre son autorité, à condition d’y consentir. Est-ce là que le bât blesse? Selon l’avocat, la classe politique dans son ensemble n’ignore rien de la violence qui gangrène le pays, et de ses causes. «En privé, tous les hommes politiques de la gauche républicaine jusqu’à la droite nationale sont parfaitement conscients [des problèmes de sécurité, ndlr], même s’ils ne l’admettent pas forcément publiquement», avance ainsi Thibault de Montbrial.

«Nous vivons en paix depuis soixante-dix ans: cela complique parfois le travail mental nécessaire pour se rendre compte de l’état de dégradation de notre pays. D’autant plus que les élites vivent dans des conditions relativement préservées!», poursuit-il.

La crise sanitaire a permis d’illustrer concrètement ce qu’on peut qualifier d’indulgence de l’État. Ainsi, entre le 16 mars et le 7 mai 2020, 12.500 prisonniers sur les 72.500 que comptent les prisons (soit 17% du nombre total de détenus) ont été libérés, officiellement pour éviter la propagation du virus derrière les barreaux. La vraie raison de ce que Thibault de Montbrial qualifie d’«amnistie Covid» qui ne dirait pas son nom serait plutôt la surpopulation carcérale, faute d’un nombre suffisant de places de prison en France. Faut-il redouter une crise sécuritaire majeure dans les mois et les années à venir en raison de cette mesure pour le moins généreuse portée par Nicole Belloubet, l’ex-ministre de la Justice?

Augmentation de 91% des homicides et tentatives d’homicide en 20 ans

«La crise sécuritaire a en réalité déjà commencé», réplique Me de Montbrial. «De manière empirique, on estime à l’heure actuelle que les actes de violence ont augmenté de 15% à 20% depuis le mois de juin dans les villes moyennes françaises». Une augmentation statistique bien plus large, poursuit l’avocat:

«Au cours des cinq dernières années, on constate une explosion de ce qu’on appelle les “homicidités”, qui comprennent les homicides, les tentatives d’homicide et les violences graves susceptibles d’aboutir au décès des victimes (lynchages en bande, etc.)»

Selon le criminologue Alain Bauer, 4.472 faits d’homicides et de tentatives d’homicide ont été recensés en 2020, ce qui représente une augmentation de 91% en l’espace de vingt ans. En 2000, 2.338 faits de cette nature avaient en effet été répertoriés.

«Tous les jours et toutes les nuits, à différents endroits du territoire, on relève des attaques graves contre la police, des règlements de compte entre bandes et des cadavres retrouvés dans la forêt ou dans les rivières», fait remarquer Me de Montbrial.

«Zones de non-droit»

Dans les banlieues, la situation n’en finit pas de se dégrader et les épisodes de violence font craindre un embrasement des quartiers sensibles par effet de contamination. «Il y a effectivement en France ce qu’on peut qualifier de “zones de non-droit”, dans lesquelles l’autorité de la République ne s’applique plus que ponctuellement: la police intervient en faisant du “in and out”, rentre et sort sans pouvoir y rester», observe Thibault de Montbrial. Pour lui, l’incapacité de l’État à agir dans ces quartiers s’explique assez facilement:

«Aujourd’hui, le gouvernement n’a ni les moyens ni l’intérêt d’aller à l’affrontement direct pour rétablir l’ordre dans les banlieues, car cela aboutirait très vite à des drames et des morts des deux côtés, compte tenu de l’état de tension et du matériel dont les voyous disposent.»
© SputnikDes violences contre les policiers qui ont doublé en vingt ans (Source: data.gouv.fr)
Émeutes urbaines: «Le gouvernement n’a ni les moyens ni l’intérêt d’aller à l’affrontement», selon Me de Montbrial - Sputnik France, 1920, 08.03.2021
Des violences contre les policiers qui ont doublé en vingt ans (Source: data.gouv.fr)

À Beauvais, quatre jeunes comparaissent ce lundi 8 mars pour «violence sur personne dépositaire de l’autorité publique», «participation avec arme à un attroupement par personne dissimulant volontairement son visage» et «menace de mort». Trois policiers avaient été légèrement blessés, dont deux par des tirs de mortiers. Selon la municipalité, ces actes de violence résulteraient d’une pression exercée par les forces de l’ordre sur les trafiquants de drogue au cours des dernières semaines. Toujours dans la métropole lyonnaise, le maire (LR) de Rillieux-la-Pape a été la cible de menaces de mort. Des inscriptions taguées, «Le maire on va te couper la tête» et «La municipalité on va vous brûlé [sic]» ont été retrouvées sur des bâtiments publics ce samedi 6 mars.

Devant cet état des lieux préoccupant, le risque est que les islamistes profitent de cette impunité pour accroître leur emprise idéologique dans les banlieues, avertit Me de Montbrial:

«L’islamisme s’est imposé comme régulateur parallèle de la vie sociale: petit à petit et sans violence, les gens qui ne sont pas musulmans quittent ces quartiers. […] Les islamistes théorisent depuis les années 30 la façon dont on peut pénétrer puis renverser les pays non musulmans. […] En réalité, les militants islamistes non violents (Frères musulmans, salafistes) poursuivent le même objectif final que ceux qui commettent des crimes au nom de l’islamisme», conclut-il.
Fil d’actu
0
Les plus récents d'abordLes plus anciens d'abord
loader
EN DIRECT
Заголовок открываемого материала
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала